Lien entre aliments transformés et risque accru de cancer : l’étude INSERM

Allez hop ! un nouveau pavé dans la mare, lancé par l’INSERM il y a quelques jours, et repris par la presse grand public à coups de raccourcis et de titres sensationnalistes, et forcément sans donner les sous-titres : « les plats industriels, causes probables de cancer ? », « cancer la nourriture industrielle à risque », « étude d’ampleur sur les liens entre plats industriels et cancer »…  Mais qu’en est-il vraiment ? On décrypte avec vous cette étude.

L’étude en question

Pour les plus courageux vous la trouverez ici, publiée dans le très sérieux British Medical Journal. Cette étude a été menée en collaboration entre l’INSERM, l’INRA et l’Université Paris 13 (Département recherche épidémiologique et statistique). Des institutions sérieuses donc. Elle a porté sur 104 980 participants, de plus de 18 ans (âge moyen 42,8 ans, 21.7% d’hommes et 78.3% de femmes) issus de l’étude NutriNet-Santé, une cohorte nationale visant à étudier les relations entre la nutrition et la santé. Les personnes ont été suivies durant 8 ans (ca n’est pas rien en épidémio, mais durée minimale pour voir l’apparition de maladies chroniques comme le cancer) et l’on a évalué leur risque de développer un cancer (notamment du sein, de la prostate ou colo-rectal).

La principale conclusion de cette étude : les résultats observés suggèrent une association entre la consommation d’aliments ultra-transformés et le sur-risque de développer un cancer (j’attire déjà votre attention sur le ultra-transformé, car tous les produits industriels ne le sont pas).

Le fait est que notre mode de vie, toujours plus vite, toujours plus pratique, a tellement évolué ces dernières décennies, que les aliments ultra-transformés contribuent aujourd’hui pour 25 à 50% dans l’apport énergétique journalier dans de nombreux pays occidentaux. Au final :

  • le plus souvent une plus faible qualité nutritionnelle
  • la présence d’additifs alimentaires (plus ou moins nombreux, comme le nitrite de sodium, dans les viandes transformées et charcuteries, ou le dioxyde de titane, largement utilisé, cf cet article sur les nanoparticules),
  • présence de composés néoformés (i.e. des composés absents des matières premières formés au cours du process  – notamment au cours des traitements thermiques – comme l’acrylamide, les amines hétérocycliques, les hydrocarbures aromatiques polycycliques, produits des fameuses réactions de Maillard). Je vous rassure – ou pas – des composés néo-formés, vous en retrouvez aussi dans votre cuisine lorsque vous cuisez votre viande au grill ou à la poêle, que vous faites cuire votre si délicieux gâteau aux pommes caramélisé… En bref, ces composés, pas forcément désirables, se forment dès lors que la température de cuisson est trop élevée.
  • présence de composés provenant des emballages et autres matériaux de contact (notamment bisphénol A et autres perturbateurs endocriniens). Ceci en revanche est à mon sens une problématique majeure, raison de plus pour passer au maximum au vrac, et tendre – non pas au zéro-déchet car c’est un réel challenge dans notre société et y parvenir est une activité à plein temps, et vous avez sans doute d’autres choses à faire – mais à une réduction maximale de vos déchets.

Sur la base du constat que certains composés retrouvés dans des produits ultra-transformés étaient liés à des effets cancérogènes chez l’animal, ceci a été étudié chez l’Homme. L’étude a porté sur la consommation de 3 300 produits différents.

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Mais tout d’abord qu’entend-on par produits ultra-transformés ?

Ce sont par exemple : pains et brioches industriels, biscuits apéritifs, barres chocolatées, confiseries, biscuits apéritifs, sodas et boissons sucrées aromatisées, nuggets de volaille et de poisson, soupes instantanées, plats cuisinés congelés ou prêts à consommer, et tous produits transformés avec ajout de conservateurs autres que le sel (nitrites par exemple, dans les charcuteries notamment). Sont inclus également les produits principalement ou entièrement composés de sucre, matières grasses et autres substances non utilisées chez soi mais courants en industrie (huiles hydrogénées et amidons modifiés). Les procédés industriels utilisés peuvent inclure l’hydrogénation (fréquente pour traiter les matières grasses végétales et faire passer leur texture de liquide à solide/Semi-solide pour mimer les propriétés du beurre), l’hydrolyse, l’extrusion (procédé utilisé pour former les céréales petit-déjeuner ou certains biscuits apéritifs), et le prétraitement par friture. Peuvent figurer des additifs tels que colorants, émulsifiants, texturants, édulcorants et autres additifs.

Ces produits ultra-transformés contiennent souvent une teneur plus élevée en matières grasses totales, en matières grasses saturées, en sucre et sel ajoutés, avec une teneur en fibres et en vitamines réduite. Ils entraînent aussi souvent une réponse glycémique plus élevée et un effet satiétogène moindre.

Les conclusions de l’étude

De façon générale, parmi les aliments ultra-transformés consommés on retrouvait surtout des produits sucrés (26%) et boissons sucrées (20%), suivi de produits amylacés et céréales petit-déjeuner (16%) et des fruits et légumes ultra-transformés (15%) cf le graphique ci-dessous.

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Les personnes consommant le plus de produits ultra-transformés étaient généralement plus jeunes, souvent fumeurs, de niveau d’éducation moindre, avec moins d’antécédents familiaux de cancers et une activité physique réduite. Leurs apports en énergie, lipides, glucides et sodium étaient plus élevés, mais avec une consommation d’alcool plus faible.

Au cours du suivi, 2 228 cas de cancers ont été diagnostiqués et validés. Une augmentation de 10% de la part d’aliments ultra-transformés dans l’alimentation était corrélée à une hausse globale de plus de 10% des risques de développer un cancer, notamment cancer du sein (surtout post-ménopause). Les produits les plus incriminés seraient les matières grasses et sauces ultra-transformées, les produits sucrés et les boissons sucrées. A noter qu’il ressort que la moins bonne qualité nutritionnelle globale des aliments ultra-transformés ne serait pas le seul facteur impliqué.

L’INSERM termine en précisant que « ces résultats doivent donc être considérés comme une première piste d’investigation dans ce domaine et doivent être confirmés dans d’autres populations d’étude. Notamment, le lien de cause à effet reste à démontrer ». Les structures de recherche vont notamment lancer un nouveau programme sur les additifs alimentaires, pour évaluer quelle est notre réelle exposition à ces substances, et d’étudier leurs effets potentiels sur la santé et l’incidence des maladies chroniques.  Cette étude inclura compléments alimentaires et médicaments. D’ailleurs si vous souhaitez participer à cette étude, vous pouvez vous inscrire sur le site suivant.

En conclusion, nous en revenons toujours aux bases : si l’on peut, on prépare ses repas soi-même, on évitera déjà la problématique des additifs. Vous pourrez aussi choisir vos ingrédients (et bien oui, un gâteau sera meilleur avec du beurre ou une bonne huile, plutôt que de la matière grasse de palme hydrogénée). Et si vous optez pour certains produits industriels, car il faut être honnête, il est parfois devenu difficile de s’en passer, gardez votre esprit critique et LISEZ LA LISTE DES INGREDIENTS, même si vous ne comprenez pas forcément tous les termes mentionnés (et n’hésitez pas à venir poser vos questions ici !).

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