Malbouffe et cerveau

J’avais simplement commencé par évoquer ce reportage sur Facebook, incitant à regarder la vidéo. Et j’ai finalement décidé de vous en faire un petit résumé, car il reporte moult choses intéressantes, et qu’il est parfois plus facile de lire un article en 10 min que regarder une vidéo en une heure. 🙂

Ce reportage décrit l’influence d’une alimentation de piètre qualité (i.e. riche en sucres et matières grasses de mauvaise qualité, industrielle) sur le cerveau. Notre alimentation, à l’avènement de l’industrie agroalimentaire, a beaucoup évolué ces dernières décennies. Un post récent sur linkedin m’a interpellée. Quelqu’un avait posté une photo d’un groupe de personnes prise sur une plage dans les années 60 (a priori en France), soulignant que l’on y voyait que des corps sveltes . Une même photo prise aujourd’hui montrerait sans doute des corps replets voire en fort surpoids. Que s’est-il passé depuis ? Une sédentarisation sans doute d’une part, mais aussi une alimentation beaucoup plus industrielle. Si les méfaits sur le poids, la santé cardiovasculaire etc. ne sont plus à démontrer, on imagine moins l’impact potentiel sur le cerveau.

Alimentation et émotions

Tout commence in utero. Ainsi, le fonctionnement du cerveau de l’enfant dépendra de ce que la mère aura consommé pendant les 9 moins de grossesse. Une équipe de l’Université de Melbourne a par exemple analysé le  comportement de  milliers d’enfants, en lien avec l’alimentation de leur mère.  L’influence de junk food versus alimentation saine sur le comportement émotionnel des enfants a été étudiée pendant leurs 5 premières années (les biais liés à l’éducation, ou même la santé mentale des parents ont été pris en compte). Il est apparu que les mères consommant de la junk food avaient des enfants plus susceptibles d’être agressifs, colériques et capricieux. Ce qui suggère que l’alimentation de la mère influence la santé psychique de l’enfant.

Au-delà de cela, l’alimentation de l’enfant compte tout autant que celle de la mère. Une alimentation peu qualitative peut entraîner plus de tristesse, d’anxiété, et de cauchemars. Ce lien entre la qualité de l’alimentation et les troubles de l’humeur chez les enfants a été confirmé par des études menées en Espagne, aux Pays-Bas et au Canada.

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Comment l’alimentation interfère avec le fonctionnement du cerveau ?

Tant par les excès que les carences. Les neurones ont certains besoins. Un laboratoire de l’université de Bordeaux a par exemple montré que des souris privées d’oméga-3 montraient une anxiété accrue. Sans oméga-3, le cerveau ne fonctionne pas normalement (la matière grise étant composée d’une majorité de lipides, dont les oméga-3, qui sont dits essentiels (c’est-à-dire que l’organisme ne peut les synthétiser lui-même et qu’ils doivent être apportés par l’alimentation).

Un examen au microscope montre qu’en l’absence d’oméga-3, l’arborisation des neurones est réduite, diminuant la connexion entre eux. Les oméga-3, en s’incorporant dans les membranes des neurones, permettent une meilleure flexibilité des membranes, et donc  une meilleure connectivité des neurones entre eux. Les signaux électriques se propagent mieux et plus vite. Or il s’avère que la  population générale est carencée en oméga -3 (ceux-ci étant très importants pendant la grossesse, l’adolescence et chez les seniors) (il convient alors de consommer des aliments riches en oméga-3 : graines, huiles riches en oméga-3, un peu de poissons gras (sans excès en raison de leur contamination aux métaux lourds). Il est donc important d’éviter les carences, mais aussi d’avoir une alimentation variée.

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Quels sont les effets d’une alimentation pauvre et toujours identique ?

Une étude sur des grands hamsters en Alsace a montré que leur population souffrait de l’augmentation de la surface cultivée en maïs (leur nombre est en fort déclin). Une expérience menée en laboratoire en les alimentant exclusivement avec du maïs a montré des troubles du comportement chez la femelle en période de reproduction. Elles étaient plus agressives, hypersensibles, et pire, une majorité d’entre elles dévorait sa portée dès le 1er jour ! Un comportement retrouvé chez plus de 80% des femelles. Il a été établi que ceci était dû à une carence en vitamine B3. Une supplémentation a permis de rétablir un comportement normal.

Peut-on extrapoler ces constats chez l’homme ? y aurait-il un lien entre alimentation carencée et l’augmentation de l’agressivité et réactions violentes ? Divers faits corroborent cette hypothèse. Par exemple, une période de famine a suivi la 2ème guerre mondiale. Des données montrent que les enfants nés à cette période ont présenté vers l’âge de 18 ans des troubles de sociabilité. On s’est aussi intéressé au lien entre nutrition et criminalité. Est-ce que le fait d’enrichir l’alimentation pourrait réduire l’agressivité ?  Des expériences ont été faites en milieu carcéral aux Pays-Bas sur 221 détenus dans 8 prisons différentes. Un groupe a reçu une alimentation supplémentée en minéraux, vitamines et acides gras versus un groupe contrôle. L’effet sur le comportement  a été évalué (via le ressenti de son agressivité par le détenu lui-même et via l’avis des surveillants et le registre des incidents). Il est apparu que le nombre des incidents avait baissé d’un tiers chez le groupe ayant été supplémenté. Des études menées dans des prisons en Angleterre et en Australie sont parvenues aux mêmes conclusions. Une alimentation riche en nutriments permet de réduire le comportement violent.

Le contenu de l‘assiette peut-il influencer nos décisions et nos pensées ?

Peu de personnes en sont convaincues. Pourtant l’université de Lübeck en Allemagne en a apporté la preuve. Il a été montré que les personnes prenaient des décisions totalement différentes en fonction du contenu de leur petit-déjeuner. Avec un petit-déjeuner riche en protéines, les personnes étaient quelques heures  après plus tolérantes. Alors qu’avec un petit-déjeuner sucré, les personnes étaient plus intransigeantes. Les analyses sanguines ont montré que les taux de tyrosine (un acide aminé précurseur de dopamine) étaient plus élevés suite à un petit-déjeuner protéiné. La dopamine étant l’hormone qui influence la motivation et la prise de risques.

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Les effets de la junk food sur le cerveau

Une étude faite à l’université de Melbourne sur des rats nourris à la malbouffe industrielle et fast food  a tout d’abord mis en évidence que les animaux mangeaient deux fois plus (ils ne sont jamais rassasiés). Mais fait plus étonnant, cette alimentation altère également la mémoire spatiale (le rat a plus de mal à mémoriser une information). On observe aussi une altération de l’hippocampe (impliqué dans l’apprentissage et la consolidation des souvenirs).

Il en est de même chez l’homme, où l’on a montré un lien entre l’alimentation et la taille de l’hippocampe ainsi que le volume de matière grise et matière blanche dans le cerveau. 4 jours de malbouffe suffisent à altérer les capacités cognitives !

Comment une nourriture trop riche affecte le cerveau ? L’hypothèse serait qu’un excès de sucre et de matière grasse déclenche une réaction inflammatoire, notamment dans les tissus graisseux (phénomène bien connu chez les obèses), y compris au niveau des neurones. Ce malgré la barrière hémato-encéphalique  qui est pourtant censée protéger le cerveau. Cependant, en présence d’une alimentation de mauvaise qualité, celle-ci  deviendrait poreuse.  Cela dérègle également le fonctionnement du système immunitaire. Chez des souris, il a été observé que certaines cellules immunitaires du cerveau (les cellules microgliales) se mettent à … dévorer les neurones !  autant dire que cela va nuire à son bon fonctionnement !

L’effet addictif du sucre

Des mesures ont montré que l’activité électrique d’un neurone augmente avec la concentration en glucose. Le sucre est ainsi suspecté de modifier les émotions et la sensation de plaisir, entrainant une addiction et dépendance au sucre. Diverses études ont en effet montré que le pouvoir du sucre s’apparente à celui d’une drogue. Celui-ci a même un potentiel addictif plus important que des drogues dures comme la cocaïne et l’héroïne, les rats préférant l’eau sucrée à la cocaïne !

Cet effet est-il le même chez l’homme ? Une étude faite à l’université de l’Oregon par IRM a montré que lorsque des personnes qui avaient une alimentation assez peu sucrée consommaient un milk shake sucré, la zone du circuit de la récompense était facilement activée (région qui contrôle la sensation de plaisir). A l’inverse, chez les gros consommateurs réguliers de sucre, cette zone s’active peu. Le plaisir est réduit à dose égale. Ce qui explique qu’il faille toujours augmenter les doses pour ressentir le même plaisir. Le fait que des sucres cachés soient présents dans de nombreux aliments non supposés être sucrés (jambon, soupes, produits salés…) rend donc les gens accro à leur insu.

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Et le microbiote dans tout ça ?

Une étude au Portugal (chez la mouche) a montré que les préférences alimentaires étaient influencées par la présence de certaines bactéries au niveau intestinal.

Chez l’homme, le microbiote joue sans doute également un rôle dans nos choix alimentaires. Des recherches à l’université de Cork sur le microbiote ont prouvé que chez les mammifères, les bactéries intestinales intervenaient dans certains comportements. Par exemple, si les bactéries intestinales de souris anxieuses sont transmises à des souris normales, le niveau d’anxiété de ces dernières augmente. Et vice versa (je trouve cela fascinant. Ne serait-on finalement rien de plus que notre microbiote ? 😛  ). Ainsi, les bactéries dialoguent avec les neurones et on commence à comprendre comment. A priori via le nerf vague, voie de communication clé entre l’intestin et le cerveau. Il a été montré que si l’on coupe le nerf vague, ces effets induits par les bactéries disparaissent. A date, on ignore encore comment ces signaux agissent au niveau du cerveau.

Le microbiote serait donc un agent de liaison entre nourriture et cerveau. Or, le principal facteur qui influence la flore (bien plus que la prise de probiotiques sous forme de compléments alimentaires), c’est la nourriture consommée. La diversité alimentaire est pour cela essentielle.  Notre bien-être dépend donc de celui de notre microbiote. Une étude chez des personnes en dépression sévère a montré que des améliorations étaient constatées suite à des changements alimentaires. Le régime méditerranéen, riche en végétaux, légumineuses, noix et graines, poisson et huile d’olive, permettrait une plus grande diversité du microbiote.

En espérant que ces informations vous auront intéressé autant que moi ! 🙂

Ce reportage est visible sur Arte Replay pendant 7 jours, ou sur youtube.

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