« Les minéraux de l’eau ne sont pas assimilés par l’organisme » Alors, vrai ou faux ???

J’ai cet article dans un coin de ma tête depuis teeeeellement longtemps. Mais j’ai sans cesse repoussé sa rédaction car je n’avais pas forcément le temps de me plonger dans une bibliographie détaillée. Car oui, pour avancer quelque chose, dans un sens ou dans l’autre, j’aime bien que les affirmations soient étayées (et non pas vous sortir des idées reçues du chapeau, sans preuve à l’appui !)

Alors pourquoi cet article tout d’abord ? L’assimilation des minéraux, c’est un vaste sujet. En naturo, que ce soit via le discours relayé pendant mon cursus de formation ou via certains sites web (souvent sur des blogs personnels ou sites de naturopathes), circule l’information selon laquelle « non, les minéraux de l’eau ne sont pas assimilés » (si l’on vous dit le contraire, c’est bien entendu une manipulation des marques d’eau en bouteilles ! (c’est ironique, je précise)). Selon cette théorie, il faudrait que les minéraux aient tout d’abord été assimilés par des végétaux pour pouvoir ensuite être assimilés par l’organisme (c’est peu ou prou la phrase toute faite que l’on retrouve dans beaucoup de bouches de naturopathes).

Je n’ai jamais été d’accord avec cette affirmation (et ne le suis toujours pas après avoir cherché en vain des preuves à cette théorie, je ne suis pas la première à m’être cassée les dents là-dessus), et je vais dans cet article vous expliquer pourquoi.

Alors commençons par les bases (installez-vous confortablement et prenez un caf… je voulais dire une infusion ! cela risque d’être un peu long !) (bon si vous êtes pressé, vous pouvez passer directement  à la conclusion, mais ce serait dommage, c’est bien de comprendre un peu mieux le sujet 🙂 ).

L’importance des minéraux pour l’organisme

Pour rappel, on distingue les minéraux, dont les besoins sont plus importants (calcium, chlore, magnésium, phosphate, sodium, potassium et soufre), des oligo-éléments, dont les besoins sont généralement infimes (fluor, chrome, fer, cobalt, sélénium…) (d’où le terme « oligo », du terme grec « oligos » : peu abondant).

Les minéraux sont indispensables à l’organisme, que ce soit pour la minéralisation, le contrôle de l’équilibre en eau du corps, le bon fonctionnement des systèmes enzymatiques et hormonaux, musculaire, nerveux et immunitaire. A titre d’exemple, l’iode est indispensable à la fabrication des hormones thyroïdiennes, le fer à celle de l’hémoglobine. Il faudra aussi de bons apports à la fois en calcium, potassium et magnésium pour une bonne contraction musculaire. Leurs rôles sont très nombreux et primordiaux.

Mais ces minéraux, où les trouve-t-on ? On peut considérer que les apports se font exclusivement par voie orale.  Mince, je vais déjà devoir faire une digression. Mais alors que penser du magnésium transdermique par exemple ? (qui vante l’absorption par la peau du magnésium).


Que penser de l’apport de magnésium par voie cutanée ?

Le fait est qu’une molécule comme le magnésium ne peut pas (ou très peu peut-être) traverser une peau intègre (qui a un rôle barrière et ne laisse passer que certaines molécules lipophiles (et encore, uniquement dans les couches superficielles !)) et atteindre les couches profondes. Laisser  entendre que vous allez combler vos carences en magnésium par voie cutanée, davantage qu’avec une prise orale, est donc une jolie supercherie. Cette publication (en anglais) a analysé un grand nombre d’études disponibles. La conclusion est bien qu’il n’existe pas de preuve scientifique tangible qui montre une absorption cutanée du magnésium (y compris sous forme de crème à base de lipides).  D’ailleurs, vous n’entendrez parler de l’efficacité du magnésium transdermique que sur des blogs, ou quelques sites féminins, et nulle part ailleurs, et pour cause ! Cet article de Julien Venesson en français l’explique parfaitement et clairement également (ses articles sont le plus souvent rigoureux et bien étayés).


L’assimilation des nutriments (macronutriments comme les protéines, lipides et glucides, et micronutriments comme les vitamines, minéraux et oligo-éléments) est un phénomène complexe (TRES complexe !), qui a lieu majoritairement au niveau de l’intestin grêle. Complexe car notre muqueuse intestinale (si elle est intègre) a un rôle barrière et laisse passer ce qu’elle veut bien laisser passer, et en ordre serré s’il vous plait !

Un minéral ne se promène jamais tout seul, il est toujours sous forme de sel, associant le minéral lui-même, et un contre-ion. Ainsi on ne trouve pas du magnésium en tant que tel, mais sous forme de sels : soit inorganique (chlorure de magnésium, hydroxyde de magnésium…), soit organiques (citrate de magnésium, lactate de magnésium…). On pourra aussi trouver (dans certains compléments alimentaires), des minéraux sous forme chélatée (ou complexée) (par exemple sous forme bis-glycinate), ce qui va permettre d’augmenter l’assimilation du minéral au niveau intestinal (celui-ci profitant du mode de transport dont on parlera un peu plus loin).

Car s’il y a un point important, c’est bien celui de la biodisponibilité

Qu’entend-on par-là ? La biodisponibilité d’un composé est définie par la proportion de ce composé qui va pouvoir être absorbée par le système gastro-intestinal, passer dans la circulation sanguine et aller vers les cellules pour y être utilisée ou stockée. Donc apporter des quantités de minéraux c’est une chose, encore faut-il qu’ils soient absorbés. Ainsi toutes les formes de magnésium n’ont pas la même biodisponibilité. L’oxyde et l’hydroxyde de magnésium ont par exemple une faible biodisponibilité.  

A noter donc que sachant que le magnésium marin est constitué d’oxyde, hydroxyde, chlorure et sulfate de magnésium, il sera assez peu assimilé au niveau intestinal. Ce n’est donc pas forcément la forme de magnésium la plus optimale.

Au-delà de la biodisponibilité intrinsèque, il faut noter que certains composés de l’alimentation peuvent aussi inhiber l’assimilation des minéraux (c’est le cas des phytates /acide phytique par exemple, considéré comme un anti-nutriment). L’acide phytique est retrouvé dans l’enveloppe externe des céréales, des légumineuses, et de certaines graines. Il a la propriété de former des sels insolubles avec les minéraux (c’est pourquoi il empêche l’assimilation des minéraux puisque ceux-ci doivent être sous forme soluble pour être assimilés). La plupart des complexes phytate-minéral sont insolubles au pH physiologique et rendent par conséquent plusieurs minéraux biologiquement indisponibles pour l’homme et les animaux (tiens donc, mais que devient l’argument de la meilleure assimilation par l’organisme des minéraux des végétaux ?). Les tanins (entre autres dans le thé, il est bien connu que les tanins du thé réduisent l’assimilation du fer), les lectines…  sont d’autres exemples d’anti-nutriments. Ainsi, le calcium du lait et des produits laitiers sera bien mieux absorbé que le calcium contenu dans les épinards ou le cresson, ces végétaux présentant une forte teneur en oxalate (qui piège là encore les minéraux). Mais on s’éloigne du sujet !

Alors comment un ion minéral est-il absorbé ?

Une fois le minéral ingéré, quelle que soit sa forme d’arrivée dans le système digestif, celui-ci doit tout d’abord repasser sous forme ionique dissoute (Ca2+, Mg2+, Cl- etc…). L’acidité gastrique joue un rôle indirect dans l’absorption de certains minéraux dans la mesure où elle va permettre la libération des minéraux de leur support organique et permet le maintien en solution des ions (c’est la raison pour laquelle chez les personnes ayant un manque d’acidité gastrique (ou hypochlorhydrie) (qui peut être induite par la prise au long cours de médicaments anti-acides, ou inhibiteurs de pompe à proton), il peut exister à long terme une modification de la biodisponibilité de certains minéraux ainsi que de leur absorption dans l’intestin.

Que se passe-t-il une fois sous forme ionisée ? De façon très synthétique, pour certains ions, l’absorption à travers la muqueuse intestinale se fera par transport actif (comme une pompe, ce qui consomme de l’énergie). Pour d’autres c’est une diffusion passive (sans consommation d’énergie, simplement par gradient de concentration, du milieu le plus concentré vers le milieu le moins concentré) à travers des canaux se situant dans la paroi de l’intestin (et parfois un même ion peut utiliser différents modes de passage).  Parfois la présence d’un minéral est indispensable à l’absorption de l’autre.

Parfois aussi, aussi, un minéral peut profiter du voyage et passer la paroi intestinale en se greffant à un autre composé et bénéficiant de son mode de transport (c’est le cas lorsque le minéral se lie à un acide aminé ou à un dipeptide par exemple).

Petit rappel de physiologie végétale

Alors oui, les plantes sont douées de photosynthèse, et peuvent produire leur propre matière organique à partir de substances inorganiques et de CO2 en présence de lumière.

Au cours de la photosynthèse, la chlorophylle (le pigment vert des végétaux) capte l’énergie lumineuse et la convertit en une énergie utilisable par la plante (énergie qui va se retrouver stockée sous forme de molécules organiques comme l’amidon).

Oui si l’on apporte des sels minéraux sous forme d’engrais à une plante, elle produira plus de matière organique (bon en gros, elle pousse mieux !) mais c’est surtout l’azote qu’elle utilise (d’où les engrais azotés). Alors que les autres sels minéraux participent à la réaction de photosynthèse sans pour autant entrer dans la composition des molécules organiques produites.

Venons-en aux eaux !

La minéralisation d’une eau représente la quantité totale de sels dissous exprimée en milligrammes par litre (quant à l’argument avancé par certains farfelus, expliquant que l’on ne peut pas assimiler les minéraux inorganiques avec pour preuve que sucer un caillou ne permet pas d’assimiler les minéraux (!!!!) … Mmh comment dire, dans le caillou, les minéraux ne sont pas dissous ?

Les eaux minérales commerciales sont généralement classées en France selon leur minéralisation (résidu sec après séchage à 180° C) :

  • < 50mg/l: très faiblement minéralisées (Mont Roucous, Montcalm par exemple)
  • 50 à 500mg/l: faiblement minéralisées (Evian par exemple)
  • > 1500 mg/l : riches en sels minéraux (Contrex, Hépar, Courmayeur…)

Bon, alors, oui ou non les minéraux de l’eau sont-ils assimilés ? Bon, cessons là le suspens, si vous ne l’aviez pas encore deviné, la réponse est oui ! Et ce n’est pas que le discours des embouteilleurs d’eau minérale !

Je ne vais pas partir dans une liste à la Prévert des études qui le montrent (à l’inverse des études qui prouvent le contraire, ou la supériorité des minéraux issus des végétaux, vous n’en trouverez pas), mais voici quelques exemples (les liens vers les études figurent, si toutefois vous souhaitez les lire).

Dans cette étude, on a suivi l’absorption du calcium apporté par différentes eaux minérales (à différentes teneurs en calcium). Il a été observé que l’absorption du calcium se faisait avec la même cinétique, quelle que soit l’eau considérée, dans les 2 h suivant la consommation, jusqu’à un équilibre entre le calcium absorbé versus le calcium restant dans le tractus gastro-intestinal. Il a été conclu que le calcium de l’eau est bien biodisponible. 

Cette autre étude menée chez des femmes jeunes a de même montré que les eaux riches en calcium étaient une bonne source de calcium alimentaire, apportant une bonne dose de calcium biodisponible.

Une étude a même montré que concernant le calcium, la biodisponibilité (évaluée par des dosages du calcium au niveau sanguine puis urinaire après excrétion) était la même pour des eaux minérales, du lait ou des compléments alimentaires (sous forme de carbonate de calcium).

Cette autre étude a montré chez des personnes intolérantes au lactose que la biodisponibilité du calcium d’une eau était généralement bonne, voire meilleure que celle du lait, aliment connu pour sa biodisponibilité du calcium.

En revanche, concernant le calcium, un point auquel il faut faire attention est la teneur en sulfates. Car si le calcium est bien assimilé, la présence de sulfates en quantité peut ensuite favoriser l’excrétion urinaire du calcium (autrement dit, après avoir été assimilé, le calcium sera davantage éliminé dans les urines).

 Allez, on parle de magnésium, et je m’arrêterai là (je vais vous épargner la ronde de chacun des minéraux !)

Cette étude a comparé l’assimilation de magnésium via des eaux riches en sulfates de magnésium, et carbonates de magnésium, versus un complément alimentaire. Les analyses sanguines et urinaires ont montré que la biodisponibilité était comparable pour les eaux minérales, avec différents niveaux de minéralisation, sans être influencée par la présence de sulfates ou de carbonates, de façon comparable au complément alimentaire.

De façon intéressante, cette autre étude a comparé chez des femmes jeunes en bonne santé l’assimilation du magnésium via des eaux consommées en dehors des repas, versus au sein d’un repas. 50% environ du magnésium contenu dans les eaux étaient assimilés lorsque l’eau était consommée seule, mais la biodisponibilité est encore améliorée lorsque l’eau est prise avec un repas, potentiellement en raison du temps de transit intestinal ralenti, ou de la présence de produits de digestion du repas favorisant l’assimilation du magnésium.

Alors finalement pourquoi peut-il être bénéfique de consommer des eaux faiblement minéralisées ?  

Et bien je dirais tout dépend du terrain, et de ce que l’on recherche. Et l’on en revient à la personnalisation, qui est la base en naturopathie. Chez quelqu’un qui a une fonction rénale déjà altérée (ce qui se traduit dans les analyses sanguines par un débit de filtration glomérulaire réduit), il sera souhaité d’opter pour une eau faiblement minéralisée, afin de ne pas épuiser inutilement les reins. On recommande aussi souvent des eaux faiblement minéralisées chez les nourrissons.

Chez une personne qui a des calculs rénaux calciques (oxalates de calcium par exemple), il sera souhaitable d’augmenter les apports hydriques sur la journée, et de préférence avec une eau riche en calcium (aussi surprenant que cela puisse paraître à première vue). Pourquoi ? Et bien le calcium apporté via l’alimentation et les eaux piège les oxalates présents dans l’estomac et permet donc de diminuer leur absorption intestinale. C’est pourquoi on recommande des apports en calcium de 800 à 1000mg/jour, issu de l’alimentation et des eaux.

De façon générale, les eaux minérales devraient plutôt être réservées à une consommation en « cures » (pendant une période donnée, ou 1 verre ou deux par jour, comme le principe des cures thermales d’ailleurs), et non une consommation quotidienne. Pour une consommation régulière, il est préférable de consommer une eau de source, plus faiblement minéralisée.


Eau déminéralisée, danger !

Si boire un verre d’eau déminéralisée ne vous tuera pas dans l’instant, il est en revanche fortement décommandé de boire au long cours (ou même en cure) de l’eau déminéralisée (si un jour quelqu’un vous le recommande ou que vous tombez par hasard sur un site farfelu qui le recommande, méfiez-vous !) Attention cependant à ne pas confondre eau déminéralisée, dépourvue de tout minéraux, et une eau osmosée, c’est-à-dire débarrassée de ses polluants indésirables mais qui contient tout de même des minéraux (équivalent à une eau faiblement minéralisée, type Montroucous, donc adaptée à une consommation quotidienne).

Alors pourquoi n’est-ce (pas du tout) souhaité ? L’organisme est fait d’équilibre. Si l’on amène un milieu très peu concentré en minéraux, il va chercher à rétablir l’équilibre et donc va aller puiser des minéraux de l’organisme pour rétablir cet équilibre. La consommation d’eau déminéralisée modifie donc l’homéostasie (équilibre) de l’organisme. Elle accroît la diurèse (l’élimination d’urine), va diluer les électrolytes dans l’intestin et engendrer une déminéralisation de l’organisme, et peut endommager la fonction d’organes vitaux. Donc en conclusion, l’eau déminéralisée, c’est bon pour votre fer à repasser, mais pas pour vous !


En conclusion, vous avez vu qu’il existe de nombreuses études ayant démontré l’assimilation des minéraux de l’eau (même si cela ne sera pas forcément toujours la forme ayant la biodisponibilité maximale). Une simple recherche sur des sites de publications scientifiques comme ncbi ou Pubmed vous le confirmera. J’espère vous avoir convaincu au travers de cette argumentation !

Moralité, méfiez-vous des sites qui relaient des informations douteuses ! Cela me ramène à ce qui m’avait initialement incitée à créer ce site bioetnaturo.com après être tombée à de multiples reprises sur l’information selon laquelle dans le miam aux fruits, le fait d’écraser la banane permet son oxydation donc de transformer son amidon en protéines ! (bon même si tu n’as plus que de vagues souvenirs des cours de chimie, tu dois te rappeler que non, cela n’est juste pas possible !) Assertion fumeuse qui était née sur un site lambda puis reprise et relayée largement sans remettre en cause la véracité de la chose. Et bien il se pourrait bien que ce soit la même chose avec cette autre idée reçue que non, les minéraux de l’eau ne sont pas assimilés !

A lire également https://www.lanutrition.fr/bien-dans-son-assiette/aliments/boissons/eau/les-mineraux-de-leau-sont-ils-absorbes-

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