Le monde merveilleux des abeilles

Selon les statistiques, les colonies d’abeilles sont en forte diminution partout dans le monde. Il existe même une disparition totale des abeilles sur certaines zones. En France, en 10 ans, 15 000 apiculteurs ont ainsi arrêté leur activité. Seraient incriminés l’usage des pesticides (qui affectent le système nerveux central des abeilles), mais aussi la présence de parasites, de prédateurs, la raréfaction des fleurs sauvages (à l’inverse, le déclin des insectes pollinisateurs entraîne aussi une baisse de la biodiversité), le dérèglement du climat…

Selon une étude menée par la plateforme ESA (Epidémio-surveillance Santé Animale) auprès de 14 000 apiculteurs, le taux de mortalité durant l’hiver 2017/2018 était voisin de 30%, a priori supérieur au taux de mortalité hivernal habituel.

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Proportion de réponses à l’enquête sur les mortalités hivernales 2017-2018 des colonies d’abeilles (les nombres dans les départements correspondent au nombre d’apiculteurs ayant déclaré des colonies fin 2017), chez les apiculteurs possédant moins de 50 ruches (à gauche),  et les apiculteurs possédant 50 ruches et plus (à droite) (source ESA)

Mais le phénomène n’est pas nouveau. Ce qui est d’autant plus inquiétant que 80% des espèces végétales environ dépendent de l’action des insectes pollinisateurs. La plupart des cultures fruitières, légumières, oléagineuses, protéagineuses sont en premier lieu pollinisées par les insectes, dont l’abeille.

Ainsi, l’abeille, en butinant de fleur en fleur, va non seulement récolter du nectar, du pollen, du miellat et du pollen, mais va aussi transporter le pollen de plante en plante, concourant ainsi à la pollinisation).


  • Le nectar est le suc secrété par les plantes, qui va attirer par son goût et son odeur, les insectes (dont les abeilles) mais aussi certains oiseaux (les oiseaux mouches par exemple). C’est en quelque sorte un moyen d’attirer les insectes ou animaux qui vont assurer la pollinisation en transportant le pollen d’une plante à l’autre.
  • Le pollen des fleurs est collecté par les abeilles. C’est une source de protéines.
  • La propolis : matière résineuse produite par certains végétaux. Cette résine est mélangée à de la cire par les abeilles pour élaborer la propolis qui est utilisée pour assainir la ruche.
  • Le miellat est un liquide épais et visqueux excrété par certains insectes piqueurs suceurs, comme les pucerons après avoir consommé la sève des végétaux. Cette substance, très riche en sucres, est ensuite collectée et transformée par les abeilles à l’aide d’enzymes.

On distingue majoritairement les abeilles sociales, qui forment des colonies et vivent en société, des abeilles solitaires. Ces dernières sont surtout des abeilles sauvages, qui ne fondent pas de colonie pérenne et construisent individuellement un nid.

Les abeilles que l’on retrouve en ruche sont les abeilles sociales. La vie de la ruche est d’ailleurs hautement organisée :

  • A la tête de la ruche, la reine, qui est la seule abeille fertile de la colonie. Elle passera sa vie à pondre.
  • Des ouvrières, majoritaires, qui sont des abeilles femelles non fertiles. Elles peuvent être successivement assignées au nettoyage de la ruche, au rôle de nourrices (elles assurent le soin du couvain), de ventileuses, ou cireuses, ou de surveillantes de la ruche. C’est en dernier lieu qu’elles deviennent butineuses.
  • Les abeilles mâles, ayant pour seul rôle de féconder les reines (ils meurent après l’accouplement) et de réchauffer le couvain.

Aujourd’hui, Cyrille, Naturopathe et apiculteur, va nous parler du monde merveilleux des abeilles (nous aborderons l’apithérapie dans un 2ème article !).

Quand t’es-tu lancé dans l’apiculture ?

J’ai mis en place ma première ruche en 2009, il y a près de 10 ans. La première année avait été très productive : j’avais récolté 10 kg de miel sur une seule colonie ! J’ai eu par la suite jusqu’à 10 ruches simultanément. A l’heure actuelle j’en ai 4 ou 5 mais n’ai pu récolter du miel que sur 2 d’entre elles cette année par exemple.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de te lancer ?

Mon grand-père avait des ruches quand j’étais petit, mais il nous était interdit de les approcher. Il me reste de cette époque les souvenirs olfactifs des vieux cadres de ruches, ou des vêtements qui sentaient la fumée. Il y a 10 ans, un ami qui possédait des ruches dans la Creuse m’en a reparlé. J’ai eu envie de me lancer. J’ai installé mes ruches dans un verger en Normandie. A proximité se trouvent des pommiers, du colza, des chênes, des marronniers, quelques sapins. Les abeilles butinent en général dans un rayon de 3 km maximum.

Comment se passe la mise en place d’une ruche ?

Il existe différents types de ruches. Personnellement je possède des ruches Warré, de format carré et de volume plus petit, et des ruches Dadant, de format rectangulaire. La ruche est en deux parties : le corps, où vit la reine, le couvain et une partie de la colonie, et la hausse. Le corps et la hausse contiennent des cadres, qui vont porter les alvéoles de cire. J’ai opté pour des cadres déjà faits, dans lesquels sont placés des feuilles de cire contenant déjà les empreintes des alvéoles. Les abeilles auront ainsi déjà de la cire à disposition pour créer les alvéoles.

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Pour ma première ruche, j’ai commandé une demi-colonie auprès d’un apiculteur, qui est venu l’installer sur le lieu que j’avais choisi. L’installation se fait généralement au printemps, période où il y a le plus de fleurs. Il faudra attendre un an pour que la colonie grossisse et commence à donner du miel. Les apiculteurs font souvent appel aux abeilles jaunes (buckfast, qui sont des abeilles hybrides) ou aux abeilles italiennes. J’ai cependant choisi une abeille rustique (abeille noire), sous-espèce de l’abeille domestique européenne (à noter qu’il existe près de 1000 espèces d’abeilles en France, et près de 20 000 à travers le monde. L’abeille noire (Apis mellifera mellifera) est décrite comme une abeille ancestrale, ayant résisté à deux périodes de glaciation. Elle est aujourd’hui cependant menacée). L’abeille noire a la particularité d’être plus résistante aux maladies et au varroa. Elle fait aussi moins de réserves de miel que les abeilles Buckfast par exemple. Elle est également plus agressive, vis-à-vis des autres insectes (elles se défendent un peu mieux vis-à-vis des varroas par exemple), des guêpes ou frelons, des mésanges… et vis-à-vis de l’homme ! (Autrement dit elle défend mieux sa ruche).

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Abeilles noires 

Le varroa destructor est un acarien parasite de l’abeille adulte, des larves et des nymphes. Il se nourrit de l’hémolymphe de l’abeille et l’affaiblit. La gelée royale produite par les nourrices sera de moins bonne qualité, altérant le bon développement du couvain (ensemble des œufs, larves et nymphes dans la ruche). Enfin, le parasite peut transmettre des maladies par piqûres, ce qui induit souvent des malformations chez les abeilles naissantes.


Qu’est-ce qui distingue la reine des autres abeilles ?

Au départ, tous les œufs des abeilles sont identiques. La reine pond un œuf par alvéole. Un œuf fécondé donnera naissance à une ouvrière, alors qu’un œuf non fécondé donnera une abeille mâle (faux bourdon). Au bout de 3 jours, l’œuf éclot et il en sort une larve. C’est l’alimentation des larves qui va faire la distinction entre une ouvrière et la reine. Durant les 3 premiers jours, les nourrices alimentent les larves des ouvrières avec de la gelée royale, avant de passer à de la bouillie larvaire (nectar et pollen fermenté). En revanche, la reine ne consommera que de la gelée royale toute sa vie, de son éclosion à sa mort. Plusieurs reines potentielles cohabitent dans la même ruche, la première qui nait va tuer les autres larves en cours de développement.

A noter que la plupart des reines pondent lorsqu’il y a à manger (i.e. pendant la miellée. Logique : il y a du travail, il faut créer de la main d’œuvre !). L’abeille Buckfast en revanche est plus prolifique mais a aussi quelques défauts. Une reine vit 5 ans environ. En pratique, un apiculteur en change tous les 2 ans, voire tous les ans pour les abeilles Buckfast.

Concernant les ouvrières, leur durée de vie varie selon les miellées. Plus la miellée est importante et plus les ouvrières se fatiguent. Leur durée de vie peut ainsi varier de 3-4 semaines au printemps/été, à 4-5 mois en hiver (les abeilles naissant en octobre-novembre sont aussi plus robustes et plus épaisses et traverseront l’hiver).


Les stades de développement : œuf-larve-nymphe-abeille

L’oeuf éclot en 3 jours. L’éclosion est suivie du stade larvaire qui dure 6 jours environ (un peu moins pour la reine). Au bout de 6 jours, les ouvrières recouvrent les alvéoles de cire (operculation) et la larve se tisse un cocon. S’ensuit le stade de la nymphe : les pattes, les yeux et les ailes se développent. Après 7 à 14 jours, l’abeille est devenue adulte et sort de l’alvéole. La reine naît en 15 à 16 jours. L’ouvrière en 21 jours, et les abeilles mâles en 24 jours.


Comment se passe la production de miel ?  

L’abeille butine de fleur et fleur et récolte le nectar sucré (à noter qu’il faut une certaine température et un certain degré d’hygrométrie pour que le nectar puisse être récolté. S’il pleut trop par exemple, le nectar des fleurs est trop dilué). L’abeille stocke ce nectar dans son jabot le temps du transport. Une fois dans la ruche, le malaxage se fait par échanges de jabots en jabots avec ajout d’enzymes . Ainsi le nectar va devenir miel. Ce miel servira à nourrir les larves ainsi que le reste de la colonie pendant tout l’hiver. Le miel produit par les abeilles est au départ liquide et est placé dans les alvéoles. Il va s’épaissir non seulement grâce aux enzymes présentes, mais aussi grâce aux ventileuses : les abeilles en agitant très vigoureusement leurs ailes vont aider à évaporation de l’eau (le nectar contient initialement 70% d’eau). Le miel va donc s’épaissir. Une fois à 18% d’humidité, teneur suffisamment basse pour que le miel ne se dégrade pas, les abeilles operculent les alvéoles (bon je ne sais pas pour vous, mais moi cela me fascine, comment fait l’abeille pour savoir que son miel est à 18% d’humidité, mmh ? 😉).

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La magie des rayons de miel ! 

Les anecdotes :

  • Les abeilles font leurs besoins en dehors de la ruche.
  • Chaque ruche a sa propre odeur, imperceptible pour nous (liée à l’émission de phéromones par la reine) mais reconnaissable par les abeilles, ce qui fait qu’il est impossible qu’une abeille se trompe de ruche.
  • Les mâles quant à eux peuvent aller de ruche en ruche mais se font éjecter à la fin de l’été.
  • Les abeilles meurent à l’extérieur de la ruche pour ne pas la souiller.
  • Si l’abeille a ingurgité trop de polluants elle ne rentre pas dans la ruche.

Comment procède-t-on à la récolte de miel ?

La veille de la récolte, je pose un « chasse abeille » : un petit plateau qui empêche le retour des abeilles dans la hausse. Il existe aussi une grille à reine, disposée entre le corps de la ruche et la hausse, grille qui contient des trous d’un calibre tel que la reine ne puisse pas accéder à la hausse et y pondre. Le lendemain, on récupère la hausse contenant une partie des cadres (les abeilles produisent plus de miel que ce qu’elles consomment. Les cadres contenus dans la base de la ruche constitueront la réserve de miel pour la vie de la ruche et de ses occupantes ; le miel contenu dans la hausse est « excédentaire »).

Une fois les cadres récupérés, on les désopercule au couteau (cf photo ci-après). Un point ingénieux : les alvéoles sont construites légèrement en biais pour éviter que le miel ne coule en dehors des alvéoles avant l’operculation. On place les cadres dans une centrifugeuse ; le miel va être éjecté sous l’effet de la force centrifuge. On filtre le miel sur une passoire métallique (tous les objets sont en inox pour des raisons d’hygiène).

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Désoperculation des alvéoles 

On laisse ensuite maturer le miel pendant 3-4 jours. Les impuretés qui vont remonter à la surface seront éliminées avec une écumoire. Le miel est ensuite prêt à être mis en pots.

Je réalise parfois deux récoltes dans l’année :

  • une au printemps (vers avril-mai). Le miel de printemps sera plus parfumé que le miel d’été. Il est aussi plus blanc (colza, pissenlit, pommier…).
  • une 2ème récolte à la fin de l’été (fin août). Le miel sera plus foncé car il y a davantage de miel de miellat et de fleurs de marronniers.

Les pots de miel présentent souvent une séparation de phase. A quoi est-ce dû ?

La couche liquide au-dessus est constituée de miel riche en fructose. Celles du dessous de miel riche en glucose qui cristallise. S’il existe en surface une petite couche mousseuse, il s’agit de mini-bulles d’air incorporées au miel.

A noter que le miel crémeux parfois commercialisé est un miel dur qui a été fouetté. Ce côté crémeux n’existe pas naturellement et est dû à l’incorporation d’air.

La couleur du miel provient quant à elle des différents nectars. Par exemple, le miel d’acacia, qui est riche en fructose et reste souvent liquide, est un miel très clair. Le miel de colza est un miel très clair également, proche du blanc, très riche en glucose. Le miel de sapin, tout comme le miel de chêne, sont riches en miellat ; ils sont très foncés, voire parfois presque noirs.

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J’ai toujours l’image de l’apiculteur avec son enfumoir. A quoi sert cette pratique ?

Je dirais que c’est obligatoire  en cas d’agressivité des abeilles. Personnellement je l’utilise peu. Il s’agit simplement de fumée de combustion. La fumée doit être bien blanche, ce qui signifie qu’elle est froide ; si la fumée est plus foncée, c’est qu’elle est chaude et elle risque de rendre agressives les abeilles. La fumigation induirait chez les abeilles des réflexes. Pensant que la ruche est en feu, elles se gavent de miel et sont alors plus… calmes ! (comme lorsque nous mangeons trop ! 😉 Par ailleurs, la fumée va désorienter les abeilles qui se concentrent sur le danger potentiel du feu et ne perçoivent pas l’intrusion de l’homme.

Est-ce qu’une ruche demande beaucoup d’entretien ?

Pas vraiment. Il y a 1 visite obligatoire au printemps et une avant l’hiver. Au printemps il s’agit d’entretenir l’hygiène de la ruche. Je change le plateau de fond de la ruche (lessivage, passage au vinaigre blanc puis à la flamme pour éliminer les parasites, les moisissures et bactéries). Avant l’hiver, il est nécessaire de vérifier qu’il y a bien suffisamment de réserves de miel pour l’hiver (si non, on ajoute un pain de sucre ou du sirop de sucre). Je vérifie également de temps en temps le niveau de population des ruches.

Comment procède-t-on pour créer une deuxième ruche ?

Soit on rachète des colonies, soit on fait de l’élevage de reines (et pas de rennes !), qui doit se faire selon un calendrier précis, soit on utilise une division de colonie déjà existante.


On parle d’essaimage lorsqu’une demi colonie quitte la ruche avec la reine. Avant de s’en aller, les abeilles se gorgent de miel, ce qui leur assurera une autonomie de quelques jours. Elles seront aussi en mesure de produire de la cire pour une nouvelle ruche. Lorsque la colonie sent qu’elle va essaimer, les abeilles érigent des cellules royales qui recevront les œufs des futures reines potentielles.


On parle beaucoup du fait que les populations d’abeilles sont en fort déclin. As-tu pu le constater sur tes propres ruches ?

Il existe des pertes tous les ans, mais elles sont assez difficiles à chiffrer, notamment celles liées à la pollution, ou aux traitements insecticides/pesticides. Les pertes peuvent être dues au fait que la colonie a essaimé, ou alors les abeilles n’ont pas survécu à l’hiver par manque de réserves. Plus que le froid, elles craignent l’humidité (favorable au développement de moisissures et de champignons). En hiver, les abeilles se mettent en grappes dans la ruche et contractent les muscles de leurs ailes pour se donner chaud. La température de la ruche est maintenue à 33-35°C.

De façon plus macro, j’ai par exemple perdu une ruche par le passé car une ratte était venue faire sa portée dans la ruche (il y fait chaud !). J’ai déjà vu aussi le cas de martres qui viennent nicher.

Concernant le frelon asiatique dont on parle beaucoup, en ce qui me concerne j’ai surtout remarqué sa présence en 2018. Il mange les abeilles (en totalité si le nid est à proximité, contrairement aux guêpes qui découpent l’abeille et ne prennent que le thorax). Ils stressent aussi les colonies qui vont produire moins de miel.


Les dangers près des ruches :

  • Ne pas porter de parfum. L’odeur excite les abeilles et peut les inciter à piquer.
  • Lorsque l’on est alcoolisé, on exhale des vapeurs d’alcool qui les dérangent !
  • Les odeurs de transpiration.
  • Attention au temps orageux. Les variations de pression atmosphérique stressent les abeilles.

Voilà un petit aperçu de la vie de la ruche (mais le sujet est tellement vaste !). Un grand merci à Cyrille pour ces éclairages ! Au-delà de de ses talents d’apiculteur, Cyrille est naturopathe, également formé à l’ISUPNAT et certifié par la FENA. Plus d’infos sur son site web.  Dans le prochain article nous parlerons de l’apithérapie, à savoir la thérapie via les produits de la ruche !

Et sans aller jusqu’à se lancer dans la mise en place d’une ruche, il y a toujours la structure Un toit pour les abeilles qui permet de parrainer une ruche et de soutenir les apiculteurs. 🙂

 

 

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