L’apithérapie

Diantre, plus d’un mois que je n’ai pas posté d’article ici. Il est loin le rythme d’un article par semaine ! 😛 Il n’est pas toujours facile de jongler entre différentes activités et ce début d’année a été particulièrement chargé. Alors mille excuses pour cette absence prolongée ! (vous pouvez également me suivre sur facebook ou instagram, où je poste beaucoup plus souvent, la rédaction d’articles étoffés et documentés prend quant à elle beaucoup plus de temps !)

Alors aujourd’hui, après avoir découvert la vie merveilleuse de la ruche dans cet article, nous allons aborder l’apithérapie, qui comme son nom l’indique, représente le fait de se soigner par l’usage des produits de la ruche.

Nos ancêtres avaient déjà bien compris leurs bénéfices. Ainsi, on a retrouvé dans des grottes en Espagne dans la région de Valence (Cuevas de la Araña) des peintures rupestres représentant une scène de récolte de miel. On y voit un homme escaladant des lianes pour récolter du miel d’abeilles sauvages. Cette peinture daterait de la fin du paléolithique (plusieurs sites reprennent une date de 4 000 à 4 500 ans, mais ce serait plutôt 8 000 à 9 000 ans avant JC !).

Parmi les produits utilisés en apithérapie : le miel bien entendu, la propolis, le pollen, mais aussi le venin.

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Le miel, nectar des dieux

Le miel possédera en général les propriétés du nectar de la plante. Ainsi, un miel de lavande sera apaisant et adoucissant, un miel de thym sera indiqué dans les affections des bronches…

Je ne me hasarderai pas à donner des informations quant à la couleur ou le goût car cela peut varier selon les récoltes.

  • Miel d’acacia : il est riche en fructose et ne cristallise que très lentement (vous aurez d’ailleurs remarqué qu’il est généralement liquide). Il a une saveur douce et conviendra au goût des enfants. Il est décrit comme apaisant, intéressant pour calmer les insomnies et l’anxiété. Il contient peu de pollen, avec donc peu de risques d’allergie. Il est aussi considéré comme un régulateur de la flore intestinale, donc intéressant pour les transits lents.
  • Miel de romarin : on retrouve les propriétés de la plante. Ainsi, ce miel est indiqué dans les insuffisances digestives, en vertu de ses propriétés cholagogues (favorise la production de bile par le foie) et cholérétiques (favorise l’émission de bile par la vésicule biliaire). Il aurait également un intérêt dans les cas d’eczéma et d’ulcères. Aussi désigné sous le nom de « miel de Narbonne », il était déjà utilisé par les Romains.
  • Miel de bruyère : la bruyère ayant des vertus diurétiques et antiseptiques urinaires, son miel va être recommandé pour ces mêmes propriétés diurétiques et antiseptiques. Il serait aussi reminéralisant et tonifiant, idéal pour les sportifs, personnes ayant des troubles ostéo-articulaires (dont arthrose et ostéoporose), ou en cas de fatigue chronique ou d’anémie.
  • Miel de lavande : il est reconnu comme antiseptique (présence d’acide formique et d’inhibines) et anti-inflammatoire des voies respiratoires. Il peut aussi être utilisé par voie externe pour la cicatrisation des petites plaies ou des brûlures.
  • Miel de sapin : autre variété aux propriétés antiseptiques des voies respiratoires et urinaires.  Néanmoins un cas un peu particulier, puisque les abeilles ne peuvent ici récolter de nectar, le sapin n’ayant pas de fleurs. Elles récoltent ainsi le miellat, substance visqueuse excrétée par les pucerons, et déposée sur les végétaux, comme le sapin ou autres conifères. Il serait aussi produit anti-inflammatoire et reminéralisant (il est riche en oligoéléments). Il serait donc intéressant dans les cas d’affections respiratoires (bronchite, trachéite, pharyngite, rhinite, asthme…) ou urinaires, de fatigue ou anémie.
  • Miel de thym : on lui attribue des propriétés antiseptiques, d’où un intérêt dans les affections respiratoires, et cicatrisantes (en usage externe). Il aurait aussi un effet tonifiant, donc idéal en cas de fatigue ou maux hivernaux.
  • Miel de châtaigner : il serait reminéralisant, tonifiant, et cicatrisant.
  • Miel d’oranger : il aurait des vertus apaisantes et est indiqué dans les cas d’anxiété, nervosité ou insomnies (tout comme la fleur d’oranger !)
  • Miel de tilleul : apaisant, il est aussi recommandé dans les troubles du sommeil.

La liste est loin d’être exhaustive.


Le cas particulier du miel de manuka 

L’arbre de manuka ne pousse que dans certaines régions de Nouvelle-Zélande et d’Australie. On attribue à ce miel de nombreuses propriétés médicinales. Il est non seulement antibactérien, antiseptique et anti-inflammatoire, mais son action serait plus puissante que les autres miels. Son effet puissant serait dû à la présence importante de méthylglyoxal, qui serait à l’origine de ses propriétés antibactériennes exceptionnelles. Je me rappelle qu’il y a quelques années, nous avions acheté ce miel à l’attention de ma belle-sœur, ayant entendu parler de propriétés cytotoxiques (i.e. potentiellement anti-cancéreux). On recense certaines études qui se sont intéressées à de telles propriétés (1, 2, 3, par exemple, mais de nombreuses autres références existent) (à prendre avec précaution néanmoins).


Si le miel est plus intéressant nutritionellement que du sucre blanc, cela reste un produit à consommer modérément (300 kcal pour 100 g versus 400 kcal pour le sucre blanc).

Le miel est aussi un cicatrisant naturel. En France, le Pr. Descottes, chef du service de Chirurgie Digestive à l’hôpital de Limoges,  a été le pionnier de l’usage du miel comme cicatrisant en milieu hospitalier. Les plaies soignées avec du miel se referment de façon spectaculaire et très rapidement (en peu de jours). Le miel permet aussi d’améliorer l’aspect des cicatrices.

Certains laboratoires proposent des produits dédiés. C’est le cas du produit Cicatrimel+®, associant du miel et de l’acide hyaluronique. Il est destiné au traitement des plaies aigues et chroniques, des brûlures de 1er et 2nd degré, des ulcères et escarres.


Risque de botulisme infantile

Le botulisme est une maladie liée à l’ingestion de toxine botulique, neurotoxine produite par la bactérie Clostridium botulinum. Il s’agit d’une toxine extrêmement puissante, qui fut responsable de bon nombre d’intoxications le siècle dernier (assez souvent mortelles), notamment avec des conserves (stérilisation insuffisante) ou salaisons mal préparées.  Les spores de cette bactérie peuvent se trouver dans les poussières ou le sol, et être transportées par les abeilles, se retrouvant ensuite dans le miel. Le système immunitaire et la flore intestinale du jeune enfant étant immatures, il pourrait y avoir une germination des spores si elles sont présentes, avec un risque d’intoxication à la toxine produite par les bactéries. Santé Canada par exemple déconseille donc la consommation de miel chez l’enfant de moins d’un an (je n’avais jamais entendu parler de ceci jusqu’à récemment). Plus proche de nous, l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), suite à l’augmentation du nombre de cas de botulisme infantile depuis 2004, rappelle « qu’il est absolument déconseillé de donner du miel, quelle que soit son origine, aux nourrissons de moins d’un an ».


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Le pollen

Le pollen est la semence mâle produite par les étamines de fleurs. Oui, celui-là même qui vous aura peut-être tâché des vêtements de façon permanente. Le pollen des fleurs est collecté par les abeilles, aggloméré avec du nectar, pour constituer les pelotes de pollen (forme sous laquelle le pollen est commercialisé). Depuis sa forme native jusqu’à la pelote, le pollen aura subi de nombreuses transformations biochimiques et microbiologiques, sous l’effet des enzymes et bactéries lactiques injectées par l’abeille (d’où le fait que certains pollens aient aussi des propriétés probiotiques, ie apportant des bactéries lactiques, bénéfiques sur de nombreux plans). Vous pouvez également lire cet article dédié au pollen de ciste.

Les pollens ont des compositions très complexes et très variées. Ils sont riches en protéines, vitamines, minéraux, oligoéléments, chacun ayant des spécificités en fonction de la fleur d’origine.

On trouve du pollen séché, sous forme de petites pelotes dures, conservé à température ambiante, ou du pollen frais, qui se conserve en général congelé (la marque Pollenergie étant sans doute la plus connue, référencée en magasin bio). Seul le pollen frais contiendra potentiellement des probiotiques.

  • Pollen de ciste : c’est le miel des troubles intestinaux par excellence, de par son apport en probiotiques. Il aide à rééquilibrer en douceur la flore au niveau intestinal : lire ICI.
  • Pollen de châtaignier, riche en antioxydants, en tryptophane et vitamine B6. Les antioxydants vont protéger du stress oxydatif ; le tryptophane est précurseur de sérotonine (donc intérêt dans les cas d’anxiété, nervosité, stress), et la vitamine B6 contribue au bon équilibre du système nerveux.
  • Pollen de saule fruitier, riche en lutéine et zéaxanthine (caroténoïdes intéressants pour une bonne vision et la prévention du vieillissement de la rétine).
  • Pollen de bruyère, pour un bon équilibre acido-basique (riche en zinc). La présence de rutine lui confère des bénéfices au plan vasculaire et micro-circulation.
  • Le pollen d’aubépine serait le plus riche en protéines. Il est aussi riche en fer.
  • Enfin le pollen mille fleurs est plus polyvalent et est conseillé plus généralement dans les cas de fatigue.

Comment le consommer : à froid, saupoudré sur un dessert, une compote, ou dans un yaourt, etc. Il est aussi possible de le mâcher directement en bouche mais il doit être bien insalivé. Jusqu’à une cuiller à soupe par jour chez l’adulte. En cure de 1 à 3 mois.

Attention toutefois pour les personnes faisant des allergies aux pollens, même s’il est prétendu que ce type de pollen n’entraîne pas de rhinite allergique (un test s’impose tout de même avant d’en consommer une quantité plus importante).

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La gelée royale

Cette substance blanche crémeuse est secrétée par les abeilles ouvrières, entre le 5ème et 14ème jour de leur existence (phase nourrices). Cette gelée royale va servir de nourriture à la reine de la colonie tout au long de son existence, mais aussi aux larves depuis leur éclosion jusqu’à leur 3ème jour.

Elle contient une part non négligeable de protéines et acides aminés (13 à 18%), sucres (14,5%),  lipides (3 à 5%), vitamines notamment du groupe B, des minéraux. On lui attribue des vertus anti-fatigue, et de stimulation du système immunitaire. Néanmoins, il existe peu d’études scientifiques menées chez l’homme. Des études chez l’animal ou in vitro ont montré des propriétés immunostimulantes et immunomodulatrices (tous les ans à l’entrée de l’hiver, j’en achète un ou deux flacons à ma maman). Elle serait aussi intéressante au moment de la ménopause (présence de composés à l’activité oestrogénique).

La gelée royale est un produit précieux et rare (produit et récolté dans des conditions particulières), ce qui explique son prix élevé. Elle doit être conservée au frais afin de préserver ses propriétés.

La propolis

Je ne m’y étendrai pas, ayant déjà écrit un article à ce sujet, que je vous invite à lire ou relire.

Je dirai juste que cette substance est également assez magique, c’est notamment un puissant anti-bactérien et antiviral (pas pour rien que les abeilles l’utilisent pour assainir la ruche !).

Les aromiels

Il s’agit de mélange de miel et d’huiles essentielles (3 à5% d’huile essentielle). Restant très prudente vis-à-vis de l’usage des huiles essentielles par voie orale et craignant le mauvais usage chez les personnes non initiées, je ne m’y attarderai pas.

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Le venin

Je ne détaillerai pas non plus l’usage du venin d’abeille, qui apporterait des bénéfices dans les pathologies articulaires, en cancérologie, en neurologie (notamment sclérose en plaques et maladie de Parkinson), en infectiologie (des études ont été faites sur le VIH) ou encore en allergologie (traitement de l’asthme).

Le venin peut être frais (plus actif), ou extrait et séché. L’administration peut se faire par micro-piqûre (le dard est utilisé comme une aiguille d’acupuncture), par mini-piqûre (on fait piquer l’abeille et l’on retire immédiatement le dard à l’aide d’une pince), ou la piqûre entière (le dard est enfoncé dans la peau et délivre 90 % de son venin en une minute). Bien entendu, il est nécessaire de pratiquer avec une personne compétente en ce domaine et de s’être assuré de l’absence de toute contre-indication.

 

Vous le voyez, les abeilles sont des insectes merveilleux. Au-delà de l’apithérapie, elles contribuent à la pollinisation, indispensable à la fructification. Un article du monde ces derniers jours indiquait que 100% des insectes pourraient avoir disparu d’ici 100 ans, ce qui représente une véritable catastrophe au plan écologique et environnemental.

Si vous souhaitez soutenir les abeilles, n’hésitez pas à parrainer une ruche sur un toit pour les abeilles. Merci pour elles ! 🙂

 

  1. The IL-6/STAT3 Signaling Pathway Is an Early Target of Manuka Honey-Induced Suppression of Human Breast Cancer Cells, Priyanka Aryappalli et al. Front Oncology, 2017.
  2. Strawberry-Tree Honey Induces Growth Inhibition of Human Colon Cancer Cells and Increases ROS Generation: A Comparison with Manuka Honey, Sadia Afrin et al, Int J Mol Sci. 2017.
  3. Oral Administration of Tualang and Manuka Honeys Modulates Breast Cancer Progression in Sprague-Dawley Rats Model, Sarfraz et al, Evid Based Complement Alternat Med. 2017.

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