Alors Bio ou pas ?

Après avoir été un marché de niche, on l’a un moment taxé d’effet de mode… de bobologie… Aujourd’hui je crois qu’on peut vraiment parler d’une prise de conscience massive de la part des consommateurs, concernant leur santé.

La progression du bio en France

En 2015, la surface agricole cultivée en bio avait progressé de 18,3% versus 2014, toutes cultures confondues  (Source Agence Bio, analyse détaillée 2016 non disponible). Si de plus en plus d’agriculteurs sont tentés de franchir le pas, la part reste marginale : 3% de la surface agricole sur les grandes cultures en 2016 : céréales (blé, orge, maïs…), oléagineux (tournesol, colza, soja…) et protéagineux (pois…). Le maraîchage s’en tire mieux avec 4,9% pour les légumes et 16,1% pour les fruits (données 2015).

Côté maraîchage, les fruits et légumes frais bio ont vu leur consommation bondir de 33% en 2016 vs 2015. Et donc il faut bien le nourrir tout ce petit monde. Donc on importe me direz-vous ! Et bien fait surprenant (je suis étonnée moi-même), toujours selon l’Agence Bio, nous produirions 71% des produits bio consommés en France (tous produits confondus). 43% des fruits et 75% des légumes bio  consommés seraient produits sur le territoire. Or, vous en avez tous fait l’expérience si vous consommez des fruits et légumes bio, quasi impossible d’en trouver d’origine française en grande surface par exemple. Même combat pour certaines chaînes de magasins bio (Bio c Bon, Naturalia … pour ne pas les nommer),  où il est beaucoup plus fréquent de trouver des fruits et légumes issus d’Espagne ou d’Italie, que des produits locaux. Je trouve donc ces données étonnantes.

Concernant la production hors France, les puristes diront aussi que ce n’est pas l’esprit du Bio, que le bilan carbone est tout pourri, toussa toussa… (mais dans ce cas si l’on veut être cohérent, on ne mangera pas de bananes, de mangues, d’ananas ou d’avocats ayant probablement voyagé par avion).

Sans aller jusque-là, personnellement si j’ai le choix, je préfère privilégier les fruits et légumes locaux (hors produits exotiques). Pour la bonne et simple raison (cela n’engage que moi) que j’ai parfois des doutes sur la réelle traçabilité du bio dans certains pays (ceci dit j’ai dû un peu trop regarder Arte). Et aussi par goût. Un exemple tout simple : j’ai du mal à trouver une tomate bio espagnole réellement goûteuse. Moi qui ai grandi à la campagne et y passe encore du temps, je peux vous assurer qu’elle est à 1000 lieues de la tomate du jardin qui a connu la pleine terre et a mûri lentement au soleil.

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Les certifications

Alors oui, en théorie les différents acteurs du Bio en Europe partagent la même réglementation, notamment dans les grandes lignes  (je ne parlerai pas ici de l’élevage) :

  • Interdiction des pesticides et des engrais chimiques de synthèse dans les cultures
  • Pas de traitements chimiques après récolte
  • Les produits manufacturés doivent contenir au minimum 95 % d’ingrédients biologiques
  • Mixité des productions bio et non bio sur un même site de transformation acceptée mais sous certaines conditions
  • OGM interdits mais il existe une tolérance pour une contamination maximale de 0,9 % dans les produits transformés.

label bio européen

Logo du label européen de certification des produits issus de l’agriculture biologique

Il fut un temps où la certification européenne (mise en place en 2010) et la certification AB française (mise en place en 1985) différaient dans leur cahier des charges (la certification européenne était alors moins rigoureuse que le label AB). Depuis lors les deux ont été harmonisées. Cependant, considérant cette baisse de rigueur certains avaient fait le choix de créer d’autres labels indépendants aux exigences parfois renforcées. Ils sont moins connus mais on peut citer par exemple :

  • Bio Cohérence: critères AB, plus mixité des produits bio et non bio sur un site de production interdite. Seuil maximal d’OGM fixé à 0,1%.
  • Demeter: mêmes principes de base que le label AB mais exigeant en plus les principes de l’agriculture biodynamique. Mixité sur les sites de production et traces d’OGM dans les produits transformés sont interdites. Les produits transformés doivent contenir au minimum 90% d’ingrédients certifiés Demeter.
  • Nature et progrès, promouvant l’agrobiologie et la biodynamie, et impliquant également un système participatif d’agriculteurs, transformateurs et consommateurs. Mixité, traces d’OGM sont interdites, de même que l’huile de palme, même biologique.

Ceci dit concernant la réglementation bio européenne, nous l’avons un peu échappé belle car la Commission Européenne envisageait récemment – il y a quelques mois à peine – d’assouplir les critères pour l’obtention d’un label bio. Il était question d’autoriser les cultures hors sol (!!!), une diminution des contrôles de certification (pas très rassurant, on sait que les tentations de dérive sont nombreuses) et le pire : autoriser un seuil pour la teneur en pesticides (!!!!!!!!!). Tout ceci afin de favoriser la culture bio.

Payer plus cher pour des fruits et légumes plus sains, je suis d’accord. En revanche payer le prix fort pour des produits qui de toute façon auront reçu des traitements de synthèse, pas du tout emballée (cela m’aurait convaincu d’opter pour un intermédiaire : des cultures locales produites selon une agriculture raisonnée).

Fort heureusement, la plupart des aspects qui avaient été évoqués n’ont pas été mis en place. Voici donc les décisions qui devraient s’appliquer :

  • Pesticides : Pas de mise en place de seuils de « contamination » par les pesticides. Ceux-ci restent interdits.
  • Culture hors-sol et en hydroponie (utilisée dans certains pays nord européens) : Finlande, Suède et Danemark par exemple bénéficiaient d’une dérogation qui leur permet de bénéficier du label  Bio pour des cultures en bac sur des support neutres. Les agriculteurs bio français s’opposaient à cette mesure alors que la Commission Européenne souhaitait étendre les autorisations. Au final, pas de changement. Seuls les pays qui bénéficiaient déjà  d’une dérogation pourront continuer à l’utiliser.
  • Contrôles : ceux-ci seront réalisés au moins une fois par an, et ce tout au long de la chaîne d’approvisionnement. Si aucune fraude n’a été détectée dans les 3 ans, les contrôles seront espacés tous les 2 ans.
  • Importations : les mesures seront également renforcées pour les importations de produits non UE. Ils devront désormais respecter le cahier des charges européen.

Pour la santé de chacun

Donc si l’on met les aspects développement durable (certes importants) au second plan, et que l’on voit essentiellement les aspects santé, OUI au bio, notamment pour la non utilisation d’intrants chimiques. Pourquoi ? car je ne pense pas qu’il soit nécessaire de rappeler tous leurs effets délétères sur la santé (cancers, maladies neurologiques, problèmes de fertilité et autres joyeusetés). Santé des consommateurs, des agriculteurs, mais aussi des riverains voisins des cultures. C’est bien beau les recommandations « mangez 5 fruits et légumes par jour ». Mais a-t-on considéré à l’époque la quantité de pesticides amenée par une consommation accrue de fruits et légumes conventionnels ?

Et la mode des jus de légumes/fruits, on en parle ? tout le monde y va de son extracteur (oui parce que la centrifugeuse, c’est nul , c’est démodé) (et bien moi je pense que c’est très bien la centrifugeuse, et que l’extracteur, mis à part un chouillat de rendement en plus, c’est du marketing pour te faire payer 500 euros alors que tu as de très bonnes centrifugeuses pour 60 euros, mais je m’égare). Donc oui, les fameux jus de fruits et légumes, vous imaginez la quantité de pesticides que vous ingurgitez potentiellement s’ils sont conventionnels et non bio (sachant qu’il faut une quantité importante de légumes/fruits pour un verre de 250 ml) ?

Et au-delà des effets sur la santé, les effets sur l’environnement (le premier étant la contamination des nappes phréatiques). Ces données qui datent pourtant de 2011 étaient déjà bien flippantes !

Oui mais le Bio ça coûte cher. Et bien non, pas forcément. Pas si l’on achète des produits de saison (les gens qui achètent des radis en novembre et des framboises en décembre restent pour moi un mystère). Pas si l’on achète des produits bruts. Donc plutôt qu’acheter un paquet de biscuits et bien on achète de la farine, du sucre, des œufs, du beurre (si vous êtes puristes) (de l’huile de coco si vous êtes foufou) et on fait son gâteau soi-même ! et cela sera sans doute bien meilleur. Pas forcément non plus si l’on privilégie les circuits courts (surtout si vous habitez en province). Voyez si vous pouvez trouver un producteur bio avec de la vente en direct. Vous éviterez les marges des intermédiaires.

Pas forcément non plus question d’acheter TOUT ses aliments, ingrédients (et cosmétiques, mais ça c’est un autre, vaste, sujet), mais si l’on doit faire des choix, privilégier :

  • Les fruits et légumes, en raison des nombreux traitements (en culture et lors de la conservation) dans l’agriculture conventionnelle
  • Les farines et produits céréaliers (notamment si vous mangez des céréales complètes), car les pesticides se concentrent dans le son.
  • Les œufs et matières grasses (beurre, huiles…) car là aussi certains polluants se concentrent dans les matières grasses.

Difficile de faire quelque chose de condensé sur un sujet aussi vaste. Mais c’est un sujet important. D’autant plus important chez un enfant, chez une femme enceinte, ou pour la santé de chacun. Et si l’on a la possibilité de cultiver son potager soi-même, et bien on saute sur l’occasion. C’est certes un peu de travail, mais ô combien gratifiant et au final plus économique.

 

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