Le mythe du cholestérol et des statines

Le cholestérol tout le monde en a entendu parler. Que ce soit pour soi-même ou pour un proche. « Et toi t’as du cholestérol ? » (oui tout le monde en a, et fort heureusement, on va le voir plus tard…). Plusieurs personnes dans mon entourage direct ont été ou sont toujours sous traitement. J’ai moi-même eu pendant longtemps un taux de cholestérol sanguin un peu élevé et ai même pris un traitement pendant des années (cf encadré pour mon expérience personnelle).

« Bon » et « mauvais » cholestérol ?

Juste en préambule pour resituer les choses (et peut-être vous éclairer sur votre prise de sang qui vous parait bien obscure) : le cholestérol est donc un lipide un peu complexe (de la famille des stérols). Comme tous les lipides, il n’est pas hydrosoluble. Or le sang est un milieu aqueux. Donc pour pouvoir être véhiculé dans le sang vers nos tissus et nos organes, il va avoir besoin d’un transporteur. Et ces transporteurs ce sont les lipoprotéines. Il y en a différents types, que l’on classe selon leur taille : les LDL (Low Density Lipoproteins), les HDL (High Density Lipoproteins)… ce sont celles dont on entend le plus souvent parler. Mais il y a aussi les VLDL (Very Low Density Lipoproteins).
Les LDL transportent le cholestérol de son lieu de production (notamment le foie) vers les tissus, alors que les HDL le ramènent au foie où il va être dégradé.
Depuis des décennies on parlait de « bon » (le HDL) et « mauvais » cholestérol (le LDL) alors que cette théorie est depuis peu remise en cause. Il n’y aurait pas de bon ni de mauvais cholestérol.

Alors pourquoi le cholestérol est à ce point conspué ? Les croyances véhiculées depuis des décennies étaient que le cholestérol encrasse les artères (la fameuse plaque d’athérome), étant ainsi un facteur de risques pour les maladies cardiovasculaires (infarctus, AVC…). Dès lors les médecins s’acharnent encore souvent à vouloir faire baisser le taux de cholestérol lorsqu’il est un peu trop élevé, ce à coup de statines ou autres molécules anti-cholestérol (fénofibrates et autres…).

L’avènement des statines

Les statines sont des médicaments mis en vente dans les années 90. On évalue aujourd’hui à près de 7 millions le nombre de français adultes consommant des statines (et donc bien plus encore tous médicaments anti-cholestérol confondus). Les dernières données précises concernant les statines remontent à 2013 avec un chiffre de 6,4 millions de consommateurs de statines (source Assurance Maladie). Les statines agissent en inhibant une enzyme hépatique impliquée dans la synthèse du cholestérol (et par là-même la production d’autres composés importants, notamment le co-enzyme Q10 important dans les processus énergétiques de l’organisme) (d’où l’importance d’être supplémenté en coenzyme Q10 si l’on est sous statines, ce que peu de médecins préconisent…).

Le premier essai de grande ampleur sur les statines a été publié en 1994 (essai 4S). Les résultats décrits pour ce médicament de Merck furent miraculeux : effet protecteur chez les patients cardiaques avec une diminution de la mortalité totale de 30% et mortalité coronarienne de 42%. Le hic : aucune autre étude réalisée par la suite n’a pu obtenir de résultats aussi probants. A tel point que certains se sont mis à douter de la validité des résultats publiés (des biais ont été mis en évidence dans l’étude et les résultats ne seraient pas fondés). Sauf que… la formidable envolée des statines est partie de cette étude !

Peut-on faire confiance aux études publiées par les laboratoires pharmaceutiques ? vaste sujet. Si même les autorités de santé ne parviennent parfois pas à déceler les manipulations de résultats, quel est notre levier d’action à notre petit niveau individuel ? En tous les cas, le fait que par le passé certains laboratoires pharmaceutiques aient volontairement caché les résultats de leurs études cliniques fait s’interroger sur la validité des résultats d’études cliniques de façon générale (à titre d’exemple scandale du Vioxx, une « aspirine améliorée » de Merck au début des années 2000 qui aurait causé le décès le dizaine de milliers de personnes).

Le livre du Dr Michel de Lorgeril, Cardiologue et chercheur au CNRS recense dans son ouvrage « Cholestérol Mensonges et Propagande » de nombreuses études sur les 20 dernières années et explique en détail l’absence d’efficacité réelle des statines.

Si les statines contribuent à diminuer le taux de cholestérol, elles n’auraient en effet aucun bénéfice en prévention primaire (prévenir d’un 1er accident cardiovasculaire) tout simplement car… le cholestérol n’est pas en cause !
En revanche, les effets secondaires des statines sont loin d’être anodins : toxicité pour les muscles et les ligaments, pouvant aller jusqu’à la rhabdomyolyse (destruction massive des cellules musculaires… le coeur étant un muscle, on vous laisse faire le lien…).
On soupçonne même aujourd’hui les statines d’induire des diabètes et de favoriser le déclin cognitif. Joli tableau.

Alors si les études sont si peu probantes, pourquoi ces médicaments sont-ils si largement prescrits ? Parfois clairement par intérêt pécuniaire de la part des médecins (un petit séminaire au soleil aux frais de la princesse laboratoire pharmaceutique ???) mais aussi par désinformation des médecins généralistes par les revues professionnelles. Les médecins prescrivent alors en toute bonne foi.

Cholestérol : un mythe s’effondre

Aux Etats-Unis, cette théorie sur le cholestérol a commencé à être remise en cause dès 2008, après des essais cliniques peu concluants menés sur des nouvelles molécules de statines. En France que nenni. J’ai l’impression que cette prise de conscience est très récente. Deux ans tout au plus. Le reportage « Cholestérol le grand bluff » diffusé par Arte en 2016 était particulièrement bien fait (le lien de la vidéo ici).

Pour soutenir cette théorie de l’absence de lien entre cholestérol et risque cardiovasculaire on peut citer une étude publiée dès 1969 dans le journal Circulation de l’American Heart Association qui avait mis en évidence un fait surprenant. Le but de cette étude nutritionnelle menée sur 5 ans était d’évaluer l’impact du régime alimentaire (et notamment l’apport en cholestérol) sur le risque cardiaque (survenue d’infarctus notamment). Les deux groupes avaient le même apport quantitatif de matières grasses mais différait d’un point de vue qualitatif : le groupe témoin avait une alimentation beaucoup plus riche en graisses animales (viandes et produits laitiers) alors que dans le groupe expérimental ces graisses animales étaient remplacées au profit de graisses végétales, issues de maïs et soja essentiellement. Au final, si les effets sur le cholestérol avaient été assez mitigés (-13% en moyenne) on avait une augmentation importante des oméga-6 (acide alpha-linoléique surtout) et oméga-3 (alpha-linolénique). ET fait encore plus surprenant il n’y avait pas de différence significative dans les décès par infarctus. (à noter qu’en revanche, le nombre de décès par cancers était beaucoup plus important dans le groupe… expérimental ! Ceci a été attribué aux oméga-6 apportés en plus grande quantité. Une hypothèse serait que les oméga-6 pro-inflammatoires auraient créé un terrain favorable au développement de cellules cancéreuses ?)

Donc en conclusion, si l’on devait retenir deux choses de tout ceci :
nous avons besoin de cholestérol, il est essentiel à nos cellules et il n’est pas le principal responsable dans la formation de plaque d’athérome.
– les statines ne réduisent pas de façon significative le risque cardiovasculaire. Si elles baissent le taux de cholestérol sanguin, il n’y a pas d’effets sur la prévention de ce risque (tout simplement car le cholestérol n’est pas le principal facteur incriminé).

Alors si l’on a une cholestérolémie un peu élevée, on ne s’affole pas. On privilégie les bonnes matières grasses (végétales, riches en oméga-3 comme les huiles de colza, lin…), on limite tout de même les graisses animales saturées qui n’ont que peu d’intérêt. On adopte une alimentation équilibrée riche en fruits et légumes, pauvre en sucres rapides. On fait du sport (l’exercice étant l’un des moyens de prévention du risque cardiovasculaire).
Et si l’on est sous statines ? Ayez conscience que ce médicament présente sans doute plus de risques que de bénéfices mais il est préférable d’en discuter avec votre médecin avant de prendre une décision.


Mon histoire avec le cholestérol

J’ai découvert mon « hypercholestérolémie » par hasard vers l’âge de 13-14 ans. Dès lors, le médecin de famille m’a conseillé un régime alimentaire assez strict : plus de fritures, charcuteries, œufs, autres aliments riches en cholestérol…
Résultat ? et bien mon cholestérol sanguin avait peu bougé. Donc on m’a mis l’étiquette d’hypercholestérolémie familiale. Mon père en avait, ma mère en a. Donc en toute bonne logique de cette chère génétique, je devais moi aussi « avoir du cholestérol ».
Après que mon père soit décédé des suites d’un infarctus (je précise que par ailleurs c’était un très gros fumeur, ce qui est sans doute bien plus gênant que d’avoir un taux de cholestérol élevé), et sachant que tous ses frères et sœurs étaient décédés de maladies cardiovasculaires, je pense avoir développé une véritable psychose. J’allais moi aussi mourir d’un infarctus à 30 ans si je ne faisais pas baisser ce foutu cholestérol. Je me suis donc mise à traquer les matières grasses. Pendant des années j’ai quasiment éliminé de mon alimentation les matières grasses ajoutées (beurre, mais aussi les huiles (je mesure aujourd’hui à quel point c’était une hérésie !). Et mon cholestérol ? Et bien je peinais toujours à le faire baisser.
Jusqu’au jour où mon médecin traitant m’a prescrit un médicament hypo-cholestérolémiant (de la classe des fénofibrates). Mon cholestérol a baissé, mais ça n’était pas foufou non plus. J’ai aussi eu droit aux statines (que j’ai fort heureusement pris très peu de temps). Jusqu’au jour où un autre médecin traitant m’a dit : « vous savez, je ne pense pas que vous en ayez vraiment besoin, votre taux de cholestérol n’est pas si élevé que ça ». Presque à contre-cœur j’ai accepté d’arrêter le traitement (je l’ai encore remercié il y a quelques mois pour cette recommandation).
Plus tard, avec la naturopathie, j’ai repris conscience de l’importance des (bonnes) matières grasses. De l’importance du cholestérol également. Important pour la synthèse de vitamine D, des hormones stéroïdiennes, important car ayant un rôle structural dans nos membranes cellulaires… Nous avons BESOIN de cholestérol.
Donc je me suis remise à ajouter de l’huile dans mon alimentation. Généreusement (dans les crudités ou en fin de cuisson dans les plats, ou dans le fameux Miam aux fruits le matin).
Et bien devinez ce qui s’est passé ? Mon taux de cholestérol a baissé. Vraiment.
L’interprétation que j’en fais ? et bien pendant toutes ces années où je le privais de ce dont il avait besoin, mon organisme fabriquait lui-même son cholestérol (la synthèse endogène est réalisée par le foie). Quand on vous dit que le corps est une machine merveilleuse !


 

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