« Jeûner pour purifier le corps, apaiser le mental et éclairer l’esprit »

Tel était l’intitulé du colloque bisannuel de mon école, l’ISUPNAT, ayant eu lieu en janvier dernier. Je n’irais pas jusqu’à dire que le jeûne est un sujet qui déchaîne les foules, mais en tout cas un sujet dont on parle beaucoup depuis quelque temps.

Yvon le Maho, écophysiologiste et directeur de recherche au CNRS à l’université de Strasbourg, a fait le parallèle avec le jeûne pratiqué spontanément chez certains animaux, comme par exemple chez le manchot.

En période de jeûne, l’organisme peut puiser dans trois types de réserves différentes :

  • Le glycogène (stocké dans le foie et les muscles)
  • Les protéines
  • Les lipides.

Le glycogène est consommé en premier lieu et est épuisé en 24 à 48 heures. En cas de jeûne prolongé, il existe un mécanisme d’adaptation majeur : l’épargne protéique. En effet, les protéines étant un substrat « noble » (nos muscles, dont le cœur, étant composés de protéines), l’organisme va les préserver et limiter leur utilisation. Il va donc puiser préférentiellement dans les lipides (nos graisses) dont la quantité corporelle peut diminuer très fortement sans réel danger pour l’organisme. Chez le manchot, qui doit pouvoir subsister durant toute la période de restriction (qui peut durer jusqu’à 4 mois) jusqu’au moment où il pourra à nouveau aller chasser son poisson, l’organisme va même jusqu’à adapter son métabolisme en fonction de son adiposité de départ (i.e. en fonction de la quantité de lipides de réserve, il va moduler sa consommation journalière pour tenir jusqu’aux beaux jours). Lorsque 80% des lipides ont disparu, leur consommation diminue pour aller puiser un peu plus dans les protéines, de façon à s’assurer qu’il lui reste encore un peu de réserves pour partir à la recherche de nourriture (fascinant).

Côté humain, vous avez peut-être entendu parler de cette expérience du Pr. Valter Longo, Gérontologue à l’Université de Californie du Sud, qui avait été une révolution dans le domaine. Il avait été montré sur des souris que lors de l’administration de hautes doses de chimiothérapie, les souris du groupe qui jeûnait depuis 48 heures résistaient toutes au traitement, alors que chez le groupe alimenté normalement, 2/3 des souris étaient mortes et 1/3 présentaient des atteintes musculaires et cérébrales irréversibles. En l’espace de 48 heures, il est observé que l’expression des gènes varie totalement, certaines voies métaboliques sont désactivées. La cellule se met en mode de protection (ce qui explique que les cellules saines résistent mieux à une chimio par exemple, contrairement aux cellules cancéreuses qui ont perdu cette capacité).

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Parmi les effets notoires (on ne parlera pas de la perte de poids qui est loin d’être le premier objectif du jeûne) :

  • Diminution de l’inflammation : un jeûne de longue durée chez des personnes présentant de l’arthrite permet de diminuer l’inflammation et les douleurs. Le bémol est que l’inflammation revient à la réalimentation sauf si la personne adopte un régime végétarien.
  • Stimulation des organes centraux du métabolisme comme le foie et le pancréas : le jeûne permet de diminuer la glycémie, d’augmenter la sensibilité à l’insuline et de diminuer l’insulino-résistance. Il est donc particulièrement intéressant pour les personnes en pré-diabète ou diabète de type 2 (voir cette article sur la réversibilité du diabète de type 2).
  • Effet sur le système immunitaire : un jeûne de 5 jours aurait pour effet de « reprogrammer » la population de Lymphocytes T, avec pour conséquence une diminution de l’auto-immunité (lorsque l’organisme se retourne contre lui-même). On observe aussi une diminution des cytokines pro-inflammatoires.
  • Effet sur le cerveau : le jeûne intermittent (au moins 16 heures sans manger) améliore la capacité d’apprentissage et favorise chez la souris la création de neurones. Un jeûne de 4 jours augmente les capacités cognitives des souris les plus âgées. On observe également, toujours chez la souris, une réparation des neurones après un AVC. Le jeûne est donc particulièrement intéressant chez les personnes atteintes d’Alzheimer, de Parkinson ou de la maladie de Charcot.
  • Le jeûne éteint également l’expression d’une enzyme impliquée dans le vieillissement (enzyme PKA, protéine kinase A). On constate également une diminution des facteurs de croissance, notamment l’IGF-1, important pendant l’enfance et l’adolescence mais qui chez l’adulte en trop grande quantité pourrait avoir un effet cancérigène.

Néanmoins, le jeûne reste souvent mal perçu dans le monde médical, comme l’a souligné Thierry de Lestrade, auteur du livre et documentaire « Le Jeûne, une nouvelle thérapie ». Pour le milieu médical, guérir reste tuer (les germes pathogènes, les virus, les maladies) alors que dans le jeûne, c’est justement ne rien faire et laisser les mécanismes d’auto-guérison du corps opérer. 17% de la population allemande déclare aujourd’hui avoir déjà jeûné.  Il y a en Allemagne une véritable pédagogie du jeûne a expliqué Françoise Wilhelmi de Toledo, à la tête de Cliniques de Jeûne Thérapeutique.

Enfin, comme j’en avais parlé sur facebook, la journée s’est terminée par le témoignage extraordinaire de Jean-Jacques Trochon, pilote d’Air France, qui nous a expliqué comment il a déjoué depuis 2003 son cancer grâce au jeûne, alors que son pronostic était dès le départ très mauvais. Il est devenu depuis « patient expert », autrement dit il s’est lui-même énormément renseigné, a contacté les spécialistes les plus pointus à l’autre bout du monde (qui ont accepté de le rencontrer, ce qui est le plus extraordinaire car en France, ils sont peu nombreux – à l’exception du Professeur Schwartz –  à accepter de rencontrer gracieusement des malades simplement pour les aider). Le point d’orgue de tout ceci est qu’il est parvenu à initier l’organisation, avec l’Institut Gustave Roussy, d’un congrès qui a eu lieu le 21 septembre dernier à Paris avec les cancérologues et spécialistes en nutrition les plus pointus du monde entier.

Le jeûne est sans doute un outil formidable, néanmoins des précautions s’imposent (je ferai un article dédié à ce sujet). Si le jeûne intermittent (on supprime l’un des repas tous les jours), le jeûne une journée par semaine, ou les monodiètes peuvent être pratiqués sans problèmes chez la plupart des gens (attention chez les diabétiques tout de même), le jeûne long (plus de 3 jours) ne doit pas être pratiqué n’importe comment. Il y a des protocoles à suivre (descente alimentaire, reprise alimentaire… être conscients des signes de détox qui peuvent survenir pendant le jeûne etc.). Il est donc préférable d’être guidé par quelqu’un de compétent. Les jeûnes de plus d’une semaine sont réservés aux personnes averties ou doivent se faire de façon encadrée. Pour les personnes qui envisageraient un jeûne dit thérapeutique, il me paraît indispensable que ce soit fait dans une structure dédiée ou en collaboration avec le médecin.

Les vidéos du colloque sont accessibles via le lien suivant : https://www.youtube.com/channel/UC6TJN5slk4NsNiGm_sgAAbQ

Revoir l’excellent documentaire d’Arte « Le jeûne, nouvelle thérapie » réalisé par Thierry de Lestrade https://www.youtube.com/watch?v=kavUgYVQEKM

A lire, du même auteur que le documentaire, le livre « Le Jeûne, une nouvelle thérapie ».

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