La physiologie du burn-out

Burn-out. Le terme ne vous est sans doute pas étranger.  De quoi s’agit-il exactement ? Il est le plus souvent défini comme un syndrome d’épuisement professionnel, mais on le rencontre aussi de plus en plus chez certaines mères, épuisées de devoir mener de front leur vie professionnelle (même si pas forcément stressante en soi), l’éducation des enfants, et la logistique de la maison, si le père est absent ou peu présent. Des femmes aussi parfois décrites comme étant dans la recherche de la perfection. On parle alors de burn-out parental ou maternel.

Mais revenons-en au burn-out professionnel. C’est un sujet que je souhaitais aborder depuis un moment, et le fait d’avoir vu en consultation dernièrement plusieurs personnes ayant été concernées a ramené le sujet sur le dessus de la pile (il faut dire aussi que j’ai terminé ce matin même mon mémoire de naturopathie (Ô joie !), ce qui me laisse quelques heures devant moi ! 🙂

Je pense moi-même ne pas être passée très loin du burn-out dans le dernier poste occupé avant ma formation de naturopathie. De gros horaires, des deadlines incompressibles, une équipe très réduite (je me suis aussi retrouvée pendant une année entière à devoir assumer le travail de deux personnes, la junior avec laquelle je travaillais n’ayant pas été remplacée pendant une longue absence), un stress conséquent… Tout ceci conjugué à un tempérament à tendance perfectionniste et un fort investissement a fait que cette année avait été très très compliquée. C’est à ce moment que j’avais suivi un cycle de MBSR, espérant améliorer ma gestion du stress (au final cela avait été une grosse remise en question (salutaire, je dirais aujourd’hui), je vous en parlais ici. Comment cela s’était manifesté chez moi ? je me réveillais épuisée tous les matins même en ayant dormi 7 heures, avec l’impression de ne pas avoir dormi du tout. Des difficultés de concentration et mémorisation. Beaucoup de crises de larmes. Des somatisations importantes (maux de ventre et de dos). Une fatigue extrême : je me rappelle que  certains soirs pendant le dîner je luttais pour que mes paupières ne se ferment. Je me rappelle aussi cette autre fois où je me suis retrouvée à l’autre bout de Paris après ma journée de travail en ayant l’impression de ne plus pouvoir mettre un pied devant l’autre et me suis demandée comment j’allais rentrer. J’ai cru devoir m’asseoir sur les quais du métro en attendant que quelqu’un veuille bien venir me chercher. Et c’est précisément ce qui me fait penser que le burn-out n’était pas loin. S’il s’agit de fatigue, on se repose un peu et la machine repart. Alors que dans le burn-out, l’épuisement est complet et le corps ne suit plus.

Alors revenons-en à sa définition et à ce qui se passe à ce moment dans l’organisme.

Le burnout se traduirait par « un état d’épuisement professionnel (à la fois émotionnel, physique et psychique) ressenti face à des situations de travail « émotionnellement » exigeantes » tel que décrit par l’INRS (Institut National de Recherche et de Sécurité). Il peut toucher des cadres, du personnel soignant ou aidant, des personnes à des postes de direction, mais pas seulement. Il toucherait un peu plus les femmes que les hommes,  et il arrive en 2ème position des affections d’origine professionnelle. Côté statistiques, je n’ai pas vraiment trouvé de chiffres concordants (pour l’anecdote, selon un syndicat, 36% des salariés auraient déjà fait un burn-out !!! Même si les cas sont en hausse constante, je doute fortement que l’on en soit à ce stade ! 😉 Les chiffres réels se situeraient plutôt autour de 15 à 20%, ce qui est déjà très élevé.

Catherine Petitdidier Naturopathe Puteaux burn out 2

Différents symptômes sont associés (et peuvent être des signes avant-coureurs) :

  • Troubles physiques  (les plus fréquents) : troubles du sommeil, fatigue chronique (le sommeil n’est plus réparateur, tensions musculaires (maux de dos, cervicales…), troubles digestifs… Il peut aussi y avoir des modifications du poids, des maux de tête, nausées, vertiges…
  • Troubles de l’humeur : irritabilité, anxiété, hypersensibilité, tensions nerveuses, tristesse, manque de motivation, ou même absence d’émotions.
  • Troubles cognitifs : baisse de la capacité de concentration et de mémorisation, incapacité à prendre des décisions ou à mener plusieurs choses de front. Erreurs, oublis…
  • Troubles du comportement : repli sur soi, ou comportement agressif. Tendance aux addictions (alcool, tabac, médicaments, drogues…).
  • Troubles de la motivation : désengagement, baisse de motivation, remise en cause, auto-dévalorisation…

Ce qui peut en être à l’origine :

  • l’intensité et la charge de travail, des horaires de travail excessifs, des délais ou objectifs irréalistes, des interruptions fréquentes…
  • des relations de travail délétères (management toxique, voire harcèlement au travail, mauvaise ambiance entre collègues, manque de solidarité, manque de reconnaissance…)
  • lorsque la personne est en contact avec du public et que cela peut être engageant émotionnellement (par exemple pour le personnel soignant vis-à-vis des malades, ou pour des personnes en contact avec une clientèle potentiellement difficile (agressivité, violence verbale ou physique…) (administrations ou autres).
  • insécurité au travail (précarité de l’emploi par exemple)
  • Manque d’autonomie au travail et contraintes auxquelles il n’est pas possible de se soustraire.

On va distinguer différentes phases dans la progression du phénomène:

1ère phase, la phase d’alarme : il y a un fort engagement personnel de la part du sujet, qui considère le travail comme une valeur refuge. Dans cette phase d’alarme, l’adrénaline est produite en quantité, ce qui permet à l’organisme d’être alerte et efficace…   avant que le surmenage ne s’installe. Les surrénales produisent également du cortisol (aussi appelé hormone du stress), dont le rôle est d’aider l’organisme à y faire face. Le cortisol contribue notamment à la libération de glucose dans la circulation générale, et à la mobilisation des graisses et protéines à partir des tissus. Il met donc tout en œuvre pour fournir l’énergie dont pourraient avoir besoin les muscles et le cerveau. Dans cette phase initiale, il y a souvent peu de signes visibles.

catherine Petitdidier naturopathe Puteaux burn out
Source LPEV.

Puis l’on entre en phase de résistance. L’organisme commence à lutter contre ce stress qui devient chronique. La fatigue et les somatisations s’installent. L’estime de soi commence à être malmenée. On produit de moins en moins d’adrénaline permettant de faire face au stress. La noradrénaline  reste en revanche à un niveau élevé pour maintenir un état de vigilance. La production de cortisol par les surrénales continue à augmenter. On voit que le niveau de magnésium baisse (le stress engendre des pertes importantes ce ce minéral). Il y a une mobilisation de la sérotonine pour aider à faire face émotionnellement à la situation, avant que celle-ci ne chute, ce qui engendre les troubles de l’humeur et les troubles du sommeil (la sérotonine étant précurseur de la mélatonine, « hormone » du sommeil).

Puis si le stress perdure et que l’on n’a pas écouté les signes avant-coureurs, survient la phase d’épuisement, divisées en deux phases successives : le burn-in, où le taux de cortisol est très élevé, suivi du burn-out à proprement parler, où le taux de cortisol s’effondre, tout comme les autres hormones ou neurotransmetteurs (y compris la dopamine, notre booster du matin). Le corps dit stop et est en incapacité de s’adapter au stress et à l’environnement. Il peut y avoir une incapacité complète à se lever le matin. L’estime de soi est anéantie ; il peut y avoir dépression nerveuse et un désengagement total vis-à-vis du travail.

Quelle est la prise en charge à ce stade ?

En général la personne n’a d’autre choix que l’arrêt de travail (si le burn-out est avéré, cela se compte non pas en jours ni semaines, mais souvent en mois…). Un accompagnement au plan psychologique sera la plupart du temps nécessaire (en allopathie, la personne se voit souvent administrer des antidépresseurs et des anxiolytiques). On constate également dans la plupart des cas que la reprise d’une activité professionnelle se fera dans un environnement différent (le plus souvent, la personne n’est pas en mesure de reprendre son poste antérieur, car y revenir dans les mêmes conditions risquerait d’engendrer les mêmes réactions), voire dans une société différente. C’est aussi parfois pour certains l’occasion d’une remise en cause et le choix d’une reconversion professionnelle.

Vous voyez donc que c’est loin d’être un processus anodin. Il est donc important d’être attentif aux manifestations de l’organisme et aux signes annonciateurs. Il est primordial de réagir avant d’atteindre le stade de burn-out, tant la remontée est longue et difficile.

Et la place de la naturopathie dans tout cela ?

Tout d’abord dans l’esprit de la discipline en prévention, en aidant chacun à se mettre dans les meilleures conditions pour préserver un équilibre même dans des situations sollicitantes, que ce soit via l’alimentation, la gestion du stress et des émotions, l’activité physique, l’usage de la phytothérapie ou aromathérapie, ou toute autre technique de naturopathie, ou si le stade du burn-out a malheureusement été atteint, pour aider la personne à se remettre à flot.

 

Vous voulez tester votre situation ? Le Maslach Burnout Inventory’s ou MBI est un outil de mesure permettant d’évaluer le niveau d’épuisement professionnel, à découvrir ICI.

Il existe aussi le test CBI (Copenhagen Burnout Inventory). 

Si toutefois vous l’avez vécu, vous-même ou chez l’un de vos proches, n’hésitez pas à laisser un commentaire en témoignant des difficultés de reconstruction et rééquilibrage a posteriori, et en expliquant quelles choses avez-vous mises en place pour vous y aider !

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