Huiles essentielles : les erreurs à ne pas commettre

Autre sujet à la mode dans la mouvance des produits naturels : les huiles essentielles. Leur usage qui paraissait encore confidentiel il y a quelques années semble s’être démocratisé. On voit fleurir les articles, vidéos, reportages et autres sur leur usage. Il existe déjà énormément de choses à ce sujet, alors cet article se focalisera plutôt sur ce dont on parle moins : les précautions d’usage. Car oui, ce n’est pas parce qu’il s’agit de produits naturels qu’elles sont sans risques.

Les huiles essentielles ne s’utilisent pas n’importe comment ni à la légère. Certaines sont caustiques, voire toxiques et à utiliser à parcimonie. Alors on se renseigne bien au préalable, et dans le doute, on demande conseil à quelqu’un de compétent (attention, même dans les pharmacies, il est parfois difficile d’avoir des conseils avisés).

Petits rappels de base

L’huile essentielle est extraite de plantes aromatiques par distillation (seuls 5 à 10% des végétaux produisent des huiles essentielles). La première fraction récoltée est l’hydrolat, puis vient l’huile essentielle. L’exception concerne les agrumes dont les huiles essentielles sont produites par expression à froid.

L’huile essentielle est toujours désignée par deux noms latins : le premier désigne le genre, le deuxième l’espèce. Par exemple pour la lavande aspic : Lavandula latifolia. Cette désignation latine permet d’éviter toute confusion entre plantes du même genre. Ainsi, une même plante sera désignée par un seul et même nom dans le monde entier (code international de nomenclature botanique). Pourquoi cette importance me direz-vous ? et bien car deux plantes du même genre pourront avoir des propriétés très différentes en fonction de leur espèce. Parfois l’espèce peut être suivie d’autres indications var. ssp. ou f. XXX. Cela indique alors une sous-espèce ou un variant qui diffère sur certains caractères. Vous entendrez peut être également parfois parler de chémotype. Ceci décrit le profil chimique particulier de l’huile essentielle (qui est en effet parfois composée de dizaines voire centaines de composés chimiques différents). Le chémotype va dépendre non seulement du bagage génétique de la plante, mais aussi du sol et de l’altitude où la plante a poussé, du climat : degré d’ensoleillement, niveau des pluies… Petit exemple concret avec le thym : « Thymus vulgaris L. » possède au moins 7 chémotypes différents (alpha-terpinéol, carvacrol, cinéol, géraniol, hydrate de sabinène, linalol, thymol… ). (On parle alors de thym à linalol, ou de thym à thymol). Il est primordial pour certaines huiles essentielles de bien préciser ce chémotype, car il peut conditionner l’activité et/ou la toxicité de l’huile essentielle.

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Un outil puissant

Les huiles essentielles sont puissantes. Pour illustration cette petite histoire du vinaigre des quatre voleurs. En 1660, Toulouse connait une épidémie de peste. La population est décimée. Le mystère tourne autour de quatre voleurs, surpris en train de piller les cadavres, sans toutefois avoir jamais été contaminés par la terrible maladie. Ils finirent par révéler leur secret devant le tribunal. Ils s’enduisaient le corps d’un onguent à base … d’huiles essentielles ! Sauge, basilic, romarin, ail, menthe, cannelle, muscade, camphre, rue officinale… toutes ayant entre autres de puissantes propriétés bactéricides. C’est d’ailleurs cette même formule – authentique ou non – qui a été ensuite été inscrite au Codex dès 1748 puis commercialisée en pharmacie à partir du début du XXème siècle. Aujourd’hui même, on semble redécouvrir le pouvoir des huiles essentielles, devant l’échec croissant des antibiothérapies. Un chercheur marocain a fait le buzz il y a quelques mois avec une formule associant un antibiotique et une huile essentielle, qui a montré un effet sur des infections à germes multi-résistants.

Alors pourquoi se méfier des huiles essentielles ? car certaines d’entre elles peuvent être neurotoxiques, hépatotoxiques (toxiques pour le foie), allergisantes, ou caustiques pour la peau et les muqueuses. Certaines sont photosensibilisantes. Voire certains composés de certaines huiles essentielles peuvent être cancérigènes. Une petite vingtaine d’entre elles voient leur vente réservée au pharmacien (pas de vente libre) en raison de leur toxicité.

Les pré-requis

1ères règles de base, pour un usage thérapeutique sûr :
– l’huile essentielle doit être 100% naturelle (pas d’ajout de molécules de synthèse)
– l’huile essentielle doit être 100% pure (pas d’ajouts d’autres produits ou autres huiles essentielles même voisines, ni dilution avec de l’alcool ou une huile végétale)
– l’huile essentielle doit être 100% intégrale (l’HE doit contenir toutes les fractions de la distillation, allant des molécules les plus légères aux plus lourdes). Ce point est particulièrement important et explique les différences de prix parfois importantes pour une même huile essentielle entre différents producteurs. Un petit producteur qui prend le temps d’une distillation complète, récoltant l’ensemble des fractions, aura des coûts de production supérieurs à une production de masse où la distillation sera stoppée avant la fin du processus (il manquera alors une partie des composés d’intérêt).
– l’huile essentielle doit être botaniquement et biochimiquement définie (on l’a vu précédemment, l’espèce voire le chémotype doivent être définis).

Les contre-indications

De façon générale, les principales contre-indications :
aucune huile essentielle chez le nourisson de moins de 3 mois
aucune huile essentielle chez la femme enceinte durant le 1er trimestre ou la femme allaitante
dans ces deux cas, quel que soit le mode d’utilisation.

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Chez la femme enceinte au 2ème et 3ème trimestre, à manier avec une extrême précaution. On évitera toutes les HE à cétones (neurotoxiques et abortives !). Cymbopogon martinii var. motia (Palmarosa herbe) par exemple peut favoriser les contractions.
chez le nourisson de plus de 3 mois, usage uniquement de la voie cutanée (et de préférence pas d’HE contenant des cétones ou des phénols).
chez les enfants de 36 mois à 7 ans, utilisation essentiellement des HE par voie cutanée. Pour la voie orale, avec la plus grande précaution et interdiction des HE à cétones ou à phénols
Pas d’utilisation d’HE « hormon-like » en cas d’antécédents de cancer hormono-dépendants (sein, utérus) : la sauge sclarée, Juniperus virginiana (Genévrier de Virginie (bois)) et autres HE contenant des sesquiterpénols (effet oestrogen-like). Là encore, on se renseigne avant usage.
A manier avec précautions chez les personnes épileptiques.

Quelle huile pour quel usage :

Les huiles essentielles peuvent être utilisées le plus fréquemment :
– par voie respiratoire (en diffusion ou olfaction à même le flacon)
– par voie cutanée
– par voie orale (à manier avec la plus grande précaution, que ce soit le type d’huile essentielle (toutes ne conviennent pas à une prise orale), la dose ou le mode d’administration (type de support)).
On n’abordera pas les modes d’administration encore plus délicats par voie vaginale, auriculaire, ou rectale.

La voie transcutanée

La voie transcutanée est la moins toxique et la plus facile à mettre en oeuvre mais quelques précautions existent néanmoins. Il est en général préférable, à quelques exceptions près, de diluer les huiles essentielles dans une huile végétale avant application (la lavande vraie par exemple peut être utilisée pure : quelques gouttes en frictions sur le poignet ou le plexus solaire aident à la détente).
Certaines Huiles essentielles sont absolument proscrites en usage pur:
– les HE contenant des phénols (origan, sariette…) car dermocaustiques,
– les HE contenant des aldéhydes terpéniques (cannelle écorce par exemple)
Attention également aux HE pouvant être photosensibilisantes (notamment les agrumes, qui contiennent des furocoumarines). Vous risqueriez de vous retrouver avec des taches sur la peau, ou de façon plus grave, des brûlures après exposition au soleil.
Si l’huile essentielle est utilisée en massage sur une grande surface, on N’AUGMENTE PAS les doses ! On prend la juste dose d’huile essentielle et on dilue de façon à avoir suffisamment de mélange pour la zone à traiter.

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Attention aux muqueuses qui n’aiment pas les huiles essentielles (ou alors forte dilution).
On n’applique pas non plus d’HE sur une peau mouillée car celles-ci étant hydrophobes, elles vont fuir les molécules d’eau et se rassembler au même endroit et risquent de provoquer une irritation ou brûlure. Pour la même raison, JAMAIS d’HE pure dans l’eau du bain ! on les dilue au préalable dans un support (bain douche, gel douche ou huile) sous peine de brûlures (aaaah ce cas d’école d’un élève d’une autre promo qui s’est sérieusement brûlé les parties génitales en plongeant son fessier dans le bain généreusement additionné d’huiles essentielles pures) (oui les écoles de naturo sont des usines à cobayes !)

La voie orale

La voie orale est à manier avec précaution, et toutes les HE ne peuvent être admnistrées via ce mode. Les HE contenant des phénols (Origan compact par exemple) ou des aldéhydes aromatiques (cannelle vraie par exemple) doivent être fortement diluées (usage à 1%) car très caustiques. Je reste méfiante de ce mode d’amnistration pour avoir vu des essais plus ou moins fructueux autour de moi (plutôt moins que plus).
Je ne détaillerai donc pas volontairement ce mode d’administration (doses recommandées).
Si vous souhaitez toujours prendre des huiles essentielles par voie orale, on choisit bien son support. Les supports à proscrire : le morceau de sucre, la mie de pain (bien qu’on les trouve recommandés parfois), et l’eau !!! (pour les raisons évoquées plus haut). On opte pour : une cuiller de miel ou de sirop d’agave, une cuiller d’huile végétale alimentaire (olive, colza, germe de blé, tournesol…), ou encore les comprimés neutres prévus à cet effet vendus en pharmacie.

La voie respiratoire

Là non plus pas forcément anodine. Toutes les HE ne sont pas adaptées à la diffusion. A titre d’exemple, l’eucalyptus par exemple est à proscrire chez les personnes asthmatiques. La menthe poivrée est irritante pour les yeux, et contre-indiquée chez les enfants en bas âge. En tous les cas, on se renseigne au cas par cas au préalable.

 

En conclusion, les huiles essentielles, si elles sont de qualité, sont vraiment un outil merveilleux que nous offre la nature. Il est cependant nécessaire d’en faire un usage éclairé afin d’éviter tout désagrément. Encore une fois, tout ce qui est naturel n’est pas inoffensif !

 

*Les HE à phénols notoires : Origan compact (Origanum compactum), Origan vert (Origanum heracleoticum), Thym vulgaire à carvacrol (Thymus vulg. Ct carvacrol), Thym serpolet (Thymus serpyllum), Sarriette de montagne (Satureja montana), Ajowan (Trachyspermum ammi), thym vulgaire à thymol (Thymus vulg. Ct thymol), giroflier (Eugenia caryophyllus), cannelle vraie (feuilles) (Cinnamomum verum (fe)), basilic (Ocimum basilicum), guajacum officinale (Guajacum officinalis), Eucalyptus polybractea

*Les HE à cétones notoires : hysope officinale (Hyssopus officinale ssp off.), armoise herbe blanche (Artemisia herba alba thuyonifera), Sauge officinale (Salvia officinalis), thuya occidental (Thuya occidentalis), rue des jardins (Ruta graveolens), lavande papillon (Lavendula stoechas), santoline petit-cyprès (Santolina chamaecyparissus), menthe pouliot (Mentha pulegium), romarin camphré (Rosmarinus off.camphoriferum), lavande aspic à cinéole (Lavandula latifolia cinolifera).

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